• Milarepa
     
    Bouddha - 37 Citations
     
    En vérité, Milarépa le vénérable et puissant yogi, depuis sa résidence de la Vallée du joyau, vint pour méditer dans l’aire de Latchigangs (un des 24 lieux de pélerinage), dans le massif de l’Everest, en suivant simplement les injonctions de son Lama. Lorsqu’il entra à Nyaang Tsarma, qui est la porte de Latchi, ceux du village avaient organisé un grand banquet et devisaient :
     
    - Actuellement, il paraît qu’un adepte parfait demeure en retraite d’un lieu inhabité, s’appuyant sur une discipline ascétique. On le nomme Milarépa.
    Tandis qu’ils énonçaient des rumeurs le concernant, le Jetsün se présenta sur le seuil. Une femme au visage juvénile, ornée de paruves brillantes, sortit. C’était Lègséboum.
    - D’où es tu yogi ? Quel est ton nom ?
    - On m’appelle Milarépa. Je suis un anachorète habitant les montagnes sans attache. Auprès de toi, bienfaitrice, je mendie des vivres pour boire et pour manger, tu dois donner.
    Elle dit :
    -Il est légitime de vous inviter à manger. Mais êtes-vous Milarépa lui-même, comme vous l’annoncez ?
    -Mentir à ce propos n’aurait pas de sens, répondit-il.
    La jeune personne, ravie, rentra prestement et annonça aux convives :
    -Cet aimable yogi, que nous disions lointain tout à l’heure, s’est maintenant présenté à notre porte.
    Tous sortirent, certains saluèrent ; d’autres, après l’avoir interrogé précisément sur son histoire, assurés qu’il était bien le Jetsün, le guidèrent à l’intérieur. Eprouvant une grande foi et vénération, ceux de Tsarma offrirent leurs respects, leurs souhaits de grâce, de gloire et de santé. Sur son siège le plus élevé se tenait la jeune et riche hôtesse, Shendormo. Elle demanda à l’ermite des instructions justes et détaillées, puis questionna :
    -Maintenant Lama, oµ allez-vous ?
    -Je vais à Latchi méditer.
    -Alors vous devriez vous installer à Drélung Kyokmo et bénir ce site qui est le nôtre. Vous ne serez pas embarrassé j’assurerai votre service.
    Un enseignant qui se trouvait là ajouta :
    -Nous nous chargerons des présents et des offrandes. Ce Latchi porte en fait le om de Drelung Kyokmo, la Vallée des Démons. Maintenant Lama, si vous y résidez, nous vous servirons et vous demanderons des enseignements autant qu’il est possible.
    C’était Teunpa Shkyaguna. L’hôtesse dit ensuite :
    -Très juste ! Nous possédos une plasante pâture d’altitude, mais ne désirons plus nous rendre en cette étape solitaire, craignant la réputation grandissante des démons qui s’y présentent ouvertement pour causer du tort. Je vous prie d’y partir rapidement.
    Tous ceux de l’assemblée présentèrent leurs respects. Le Maître dit :
    -Je partirai vite. Je n’irai pas à cause de votre alpage. J’irai pour méditer, parce que j’en ai reçu l’ordre de mon guru.
    Eux répondirent :
    -Cela nous suffit ! Nous envoyaons aussitôt un serviteur chargéa de bons vivres.
    -Je ne suis pas homme à cohabiter dans les ermitages avec des compagonns ni à conserver de riches victuailles près de moi. Je partirai donc seul. Néanmoins, votre dévouement est étonnant et nous l’éprouverons plus tard.
     
    Le jetsüng atteignit Latchigangs. Parvenu au sommet de la passe, il subit les terrifiantes magies d’êtres non humains (ces êtres peuvent selon avis d’un rinpoche, des êtres de manifestation du Guru ou de personnes bénéfiques oeuvrant pour le yogi et donc personne ne peut décider si ces êtres sont réellement maléfiques). Le ciel tourbillonnait et coupait la voie au faîte du col. La course des éclairs modifait la position des montagnes de part et d’autre de la vallée tandis qu’éclatait le bruit effrayant de la foudre. Le torrent bondissait pour se transformer en un grand lac agité de violentes vagues. Milarépa frappa au sol de sa canne ferrée et adopta un regard puissant. Le lac, depuis le fond, se résorba et disparut. Dès lors, le lieu fut renommé pour sa mare dormante.
     
    Le Jetsün avança un peu sur le dévert. Alors les êtres non humains, par des ondes de choc entraînant la chute d’amas de roches, jetèrent les montagnes à terre.. Les Dakinis, entre les versants de la vallée, offrirent une route pareille à la course d’un serpent des montagnes. Sur cette voie soudaine, le roulement d’éboulis cessa. Dès lors, celle-ci fut renommée comme la Haute route des dakinis.
     
    Après cela, les êtres non humains les plus faibles se tinrent cois ; les plus forts, n’auant pas trouvé leur chance, cherchaient encore une occasion en bordure de la haute route. Le Jetsün lança de nouveau le regard qui par son éclat supprime les égarements. Toutes les magies cessèrent. Et, à cet endroit, une trace de pied resta gravée dans la pierre (site où des empreintes miraculeuses ont été photographiées) : http://magiedubouddha.com/p_thai-puta1.php emphttp://magiedubouddha.com/p_thai-puta1.php
     
    Le Vénérable avait à peine progressé que le ciel s’éclaira. Il devient joyeux, s’assit sur une éminence et entra dans une profonde méditation d’amour pour les êtres vivants. Sa dévotion en retira une considérable bienfait. Le lieu où il faut assis fut renommé l’éperon d’amour. Il parvint à Tchuzang.
     
    Au soir du 17ème jour de la lune d’automne de l’année du Tigre de Feu, alors qu’il restait en l’état du yoga du “flot continu de la rivière” (*), un puissant esprit malin, qui avait l’aspect d’un Bharo du Népal, vint à la tête d’une armée de fantômes occuper la terre et le ciel de la vallée de Tchuzang. rassemblant les éclairs et la foudre, ils engloutirent des montagnes et causèrent la chute d’une terrifiante pluie d’armes tranchantes ! Ils se montrèrent sous diverses formes écoeurantes en éruction de chants discordants, ainsi que des exclamations sorties de la nuit :”Capturons-le ! Tuons-le !”. Milarépa comprit qu’il s’agissait toujours des êtres non humain à la recherche d’une occasion. Il dit en chantant la Doctrine de la “Véracité des actes et de leur fruit”.
     
    Je prends refuge auprès du gracieux Seigneur
    Et je salue tous les Gurus !
    Pour la conscience, toutes les apparences égarantes sont mirages et tours de magie.
    Des déités vénimeuses des montagnes
    O vous pitoyables larves insatisfaites Vous ne nuirez pas à Milarépa.
    (ces entités, êtres en vie apparaissant à Milarépa font partie des esprits avides toujours insatisfaits et que l’on croise tous : le monde des esprits avides parmi les six mondes décrits par les tibétains)
    Par le fruit des méchantes actions passées
    Vous possédez un corps qui erre dans les airs ( les esprits errants qui ne se détachent pas de la matière mais qui pensent toujours s’y trouver alors qu’ils ont leur corps subtil n’acceptent pas leur nouvel état et même ne s’en rendent pas compte et n’en n’ont pas conscience)
    Un esprit asservi au karma venu à maturité.
    L’émergence de la misère mentale et des pensées vicieuses.
    Accouplées à la haie de corps et d’esprit
    Clament :”Attrapons-le ! Battons-le ! Tuons-le !”
    Ce yogi vêtu de coton, au coeur simple,
    Assuré de l’inexistance des processus mentaux
    Est un brave dans sa pratique et ses manières de lion.
    Son corps désire la citadelle d’n corps de Bouddha,
    Sa parole tend à l’invulnérabilité du mantra
    Son esprit aspire à l’enceinte de la claire lumière”.
     
     
    (*) le yoga du flot continu de la rivière est l’état de Samadhi, l’état d’absorption dans lequel l’esprit ne se détourne plus de sa méditation : un état de concentration profonde avec perte de conscience du monde extérieur. Ne pas sortir du flot ou être dans le flot et un état de samadhi avec un aspect dynamique et actif du yoga de Mahâmudrâ ou « Grand Symbole » ou « Grand Sceau » désigne un système de méditation utilisé dans le bouddhisme pour atteindre l’éveil, la réalisation de la nature ultime de l'esprit et de la vacuité pénétrant tous les phénomènes du samsara et du nirvana.
    Le corps de la pratique est divisé en deux :

     

    Chiné : exercice de quiétude mentale.

     

    Lhagthong : méditation de la vision pénétrante
     
    Le chant continue ainsi :
    Les sens et leurs objets par nature sont vides
    Peu importe, pauvres ombres affamées
    Que vous ricaniez d’un yogi tel que moi
    Si la loi de cause à effet est véridique,
    Vous avez accumulé des causes
    Créant des effets maintenant à maturité.
    Quelle tristesse que ces êtres partis pour les mondes infernaux !( le monde des démons)
    Misère hélàs pour ces larves avides !
    Quelle pitié de ne pas connaître
    La signification et la non-existence de toutes choses !
    Ce Milarépa si émacié
    Par un savoir chanté, vous révèle le Dharma.
    Etres vivants rassemblés par naturelle fécondité,
    Aucun de vous qui ne me soit désormais apparenté.
    Je suis bienveillant : aussi quel dommage de m’affliger !
    Lorsque vous renoncerez à vos esprits malfaisants
    Ne serait il pas bon de réfléchir Aux conséquences de vos actes et aux causes ? Ne serait il pas bien que vous pratiquiez
    Les dix vertus de la Doctrine (***)
    Discernez et appréhendez proprement les mots ?
    Prêtez l’oreille et percevez leur signification !
    Ainsi il a chanté.
     
    (***) Les dix Vertus de la doctrine :
    1. Ne pas tuer,
    2. Ne pas prendre ce qui n’est pas donné
    3. Observer la pureté et la morale
    4. Dire la vérité 
    5. Parlez poliment
    6. Ne pas rompre la parole
    7. Ne pas médire ou calomnier
    8. Ne pas s’approprier le bien des autres
    9. Ne pãs causer de tort ou de blessure à autrui
    10. 0bserver la pure doctrine.
     
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    L’armée des démons répliqua :
    - Ton éloquence ne nous tourne pas la tête ! Tu as apaisé nos sortilèges mais nous ne tolérerons pas ta tranquillité. Puis, la majorité du groupe s’en alla. Pourtant, les maléfices continuèrent et se multiplièrent. Milarépa réfléchit et leur dit :
     
    - Par la grâce du lama, je suis un yogi ayant réalisé l’inexistence de tous les phénomènes. Parce que je les porte contiuellement à l’esprit, les illusions du principe démoniaque obstructeur confirment et amplifient encore l’Eveil.
     
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     Bouddha de Leshan
     

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    Milarépa
     
     
    Milarépa, étant encore assailli par les esprits affamés ou avides chante ceci :
    Je me prosterne aux pieds de Marpa, Seigneur Traducteur
    Moi le yogi qui ait réalisé la non-existence de toutes choses
    Je récite le chant des Sept grands ornements.
    Vous ici, vénimeux démons mâles et femelles,
    Prêtez l’oreille et soyez attentifs !
     
     
    Le fabuleux Sumeru chödten central (****)
    A l’éclat de malachite
    Est Grand Ornement du ciel de Dzamling
    Au-dessus de l’arbre, haute chevelure de la montagne
    La lumière de lune et soleil
    Est grand Ornement des quatres continents.
    Prodige de l’Esprit d’Eveil, ô Naga
    La chute des pluies depuis les étendues célestes
    Est Grand Ornement de l’étroite terre.
    Dans l’espace, les nuages du Sud
    Surgis des vapeurs d’eau de l’océan.
    Sont Grands Ornements des cieux.
    Loi de causalité, chaleur et humidité,
    Aux pentes herbeuses, l’été fleurit l’arc-en-ciel
    En grand ornement des monts verdoyants.
    A l’ouest s’écoule du lac Mapam
    Au sud s’épanouissent les fruits de Dzamling,
    Ce sont Grands Ornements pour tous les êtres.
     
    Moi le yogi je tiens à la solitude.
    Par mon pouvoir de méditer le Vide de l’esprit,
    Des démons et lutins je subis les maléfices
    Qui sont Grands ornements de l’ascète.
    Ecoutez bien, vous les non-humains !
    Qui suis-je me connaissez-vous ?
    Je suis le yogi Milarépa
    Si vous ne me connaissez pas.
    Depuis mon coeur j’ai donné naissance
    A la fleur de l’esprit, l’amour.
     
    Par un chant, une mélodie plaisante, j’ai expliqué.
    Par une parole, des mots sincères, j’ai enseigné.
    Avec bienveillance je lance un avis.
    Purifiez et tendez votre esprit vers l’Eveil
    Même si cela n’est pas pour le bien des autres
    Si vous renonciez aux dix maux
    Pourquoi ne réaliseriez vous pas le bonheur, le repos.
    L’émancipation pour vous mêmes ?
    Ecoutez ce que je dis, le but sera atteint.
    Pratiquez aujourd’hui le bouddhisme, demain sera félicité.
    Ainsi il a chanté.
     
     
     
    (****) (Le Sumeru mchod-rten pour les bouddhistes et les hindouistes le mont Sumeru est l’axe du monde. Il est placé au centre des quatre continents formant l’univers : l’axis mundi sur lequel repose le ciel. Le “jambudvipa” est notre continent, celui sur lequel nous vivons situé au sud du Tibet). Il est nécessaire de se représenter la montagne Sumeru comme un énorme cristal de roche. L’arbre de Sumeru prend racine dans l’océan et atteint le ciel. Il est souvent associé au canal mystique central. Sur terre il s’agirait du Mont Meru et du Kailash dans wikipédia :
    Le mont Meru est la montagne mythique considérée comme l'axe du monde dans les mythologie persane, bouddhique, jaïe et hindoue. Il serait haut de 80 000 lieues (450 000 km). Le mont Meru serait situé au centre de la Terre, dans le Jambudvipa,, un des continents dans la mythologie indienne. Il est considéré comme le séjour des dieux ou deva. Au-dessus se trouvent les cieux, en dessous les enfers, et tout autour s'étend le monde visible. C'est autour de lui que le soleil tourne.
    Le mont Meru correspondrait, peut-être, à une montagne sur la rive occidentale du lac Manasarovar, qu'on appelle aujourd'hui le mont Kailasht (son nom en sanskrit est Meru ou Sumeru).
     
     
    Milarépa par son chant essaye de convaincre ceux qui ne veulent pas cesser de le tourmenter : ces esprits avides qui errent : ceux-là ont perdu leur corps physiques et se trouvent également dans le monde des enfers : ils oscillent dans les deux mondes : celui des avides et des démons. Il leur fait comprendre leur errance et leur état ainsi que leur stupidité. Est-ce avec un tel discours qu’ils cesseront de le tourmenter ?
     
    Et, puis, il leur dit qu’ils sont nécessaires à son évolution, qu’ils sont même des Ornements pour l’ascète, le yogi, vers sa réalisation. Malgré le fait qu’ils n’ont plus de corps physique du monde de chair : ils arrivent à créer des phénomènes matériels. Milarépa ne les craind pas. Vont-ils cesser de l’ennuyer ? Simplement avec un discours, un dialogue et sa demande à Marpa, son Guru ? Sachant que ces êtres existent de nos jours incarnés et désincarnés, il n’est pas bien vu d’en parler. Quels sont les plus redoutables : ceux qui ont encore prise réelle sur la matière en vivant la vie sur terre ?
     
     
     
     
    Lorsque l’on voit l’état de désolation et de guerre actuellement ... il est important de se ressourcer et de méditer, d’avoir une vie des plus saines pour garder la force et l’équilibre afin de nourrir notre esprit et notre corps et d’être présent à nos proches. Cependant, la vie spirituelle pour être active a besoin d’activation et de nourriture céleste pour alimenter le céleste de nos corps dont nous avons conscience, ce qui n’est pas le cas des esprits dont on parle : ils n’ont pas conscience de cela : les portes sont verrouillées et pourtant, au fond d’eux, ils savent ces choses et de ce fait, ces paroles peuvent trouver un écho.
     
    De là, à ce qu’ils se transforment immédiatement : cela apparaît impossible car un proverbe dit “Chassez le naturel, il revient au galop”. C’est pour cela que ma curiosité me pousse à lire cet ouvrage assez poétique et mystique, pour connaître les expériences de Milarépa. Car je découvre cet ouvrage avec vous, l’ayant depuis des années à ma portée, j’ai vécu mes propres expériences tout comme vous. Quelles subtilités va nous apporter le Vénérable Milarépa au travers de sa vie d’anachorète au travers de ses voyages en solitaire dans l’Himalaya et des multiples aventures de sa vie ? Va t’il nous apprendre autre chose que nous ne savons déjà ?
     
    Son parcours est il un rêve ou une réalité ? Pour que tout soit mis sur papier de nos jours ... et qu’il soit à la source avec ses prédécesseurs Marpa et Tilopa l’Indien, c’est qu’il doit y avoir sans doute des éléments qui pourrons nous intéresser et nous apporter quelques richesses spirituelles en plus. C’est ce que nous verrons en parcourant toutes ces aventures.
     
    Voici un récit d'un livre d'Alexandra D. O'Neel "J'irai au pays des neiges". Profitez au plus tôt car ce lien peut disparaître.
    Bien à vous cher lecteur,
    ©Karma Samten Tcheu Dreun/Colinearcenciel

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  • Résultat de recherche d'images pour "les drapeaux de prière tibétain"

     

    Penchons nous sur le vocabulaire utilisé et la profondeur de son langage.

    Jetsün རྗེ་བཙུན་/རྗེ་བཙུན་མsignifie Vénérable le Je  fait référence aux personnes de haut rang, y compris les rois et les nobles ; "tsun" Tsun se réfère à  ceux de rang noble, aux moines ou à ceux qui combinent les trois caractéristiques d'être savant, noble et bon. Les deux soulignent ensemble le titre honorifique tandis que "tsun" applique le terme spécifiquement aux ecclésiastiques.  

    Bodhicitta : Le bodhicitta ou esprit d'Éveil (bodhi : éveil ; citta : cœur-esprit) est l'aspiration et l'engagement à atteindre l'Éveil, ou bouddhéité, afin d'y amener tous les êtres sensibles, et ainsi les libérer de la souffrance inhérente (duhkha) à l'existence cyclique (Saṃsāra).

    On reconnait tout d'abord :

    le bodhicitta d'aspiration, par la pratique des quatre Incommensurables (brahmavihāras), ou sentiments aimants spiritualisés que sont :

    1. la bienveillance,

    2. la compassion,

    3. la joie sympathisante 

    4. l'équanimité (Égalité d'âme, d'humeur).

    Ces sentiments sont «irradiés» envers l'univers entier, et peuvent être maintenus tout au long de la journée. On aspire à ce que les autres en nombre infini partout dans l'univers connaissent le bien-être et la félicité suprême; et on leur souhaite le plein Éveil parfait et incomparable. Notre esprit se focalise donc sur leur Éveil, et pas seulement sur le nôtre. Notre conscience des autres et notre empathie s'accroissent ainsi.

    L'autre grande technique se nomme donner-recevoir (tonglen en tibétain) ou encore égalisation et échange de soi-même avec autrui: Sur l'inspiration, on prend sur soi avec compassion la souffrance d'autrui, une personne précise ou le monde entier; sur l'expiration, on redonne de la bienveillance et de la paix. Cela permet de faire passer progressivement les autres avant nous-mêmes.

    On distingue ensuite :

    le bodhicitta d'application ou d'engagement, par la pratique actualisante des six, ou dix, perfections de vertu, les paramitas . Cet exercice de vigilance justifie quant à lui l'appellation de « pāramitāyāna » souvent donnée au grand véhicule.

    Shantideva  explique dans son Bodhicaryāvatāra la relation entre le bodhicitta d'aspiration et le bodhicitta d'engagement par la métaphore du désir de voyage et le voyage lui-même:

    « En résumé, l'esprit d'Éveil

    Doit être connu comme ayant deux aspects :

    L'esprit d'aspiration à la plénitude

    Et l'esprit d'engagement vers la plénitude.


    Leur différence est la même que celle qui sépare

    Le désir de partir et la mise en route.

    Les sages comprennent ainsi

    Leur spécificité respective. »(§15-16, I)

    Pour partir en voyage, il faut avoir nourri au préalable le désir ou le souhait de partir quelque part en voyage. Il faut avoir fait ses plans de voyages et pris ses dispositions. C'est une étape nécessaire sans laquelle il n'y aurait pas de voyage. Similairement, aspirer de tout son cœur et y entraîner son esprit est un préalable absolument nécessaire à l'action proprement dite pour le bien des êtres. Cette distinction est importante pour Shantideva afin de mettre en valeur la motivation intérieure. Certes c'est l'engagement qui est le plus important et le plus significatif, et Shantideva le reconnaît volontiers: "Quoique de grands fruits naissent dans le samsâra de l'esprit qui aspire à l'Éveil, il ne suscite pas un flot ininterrompu de bienfaits comme l'esprit d'engagement" .Mais Shantideva sait aussi que l'intention compte aussi énormément dans la mesure où l'intention précède systématiquement l'action. Il est donc important de travailler en profondeur sur nos intentions dans la méditation, afin que nos actions se mettent progressivement à refléter d'elles-mêmes les qualités de l'Éveil et les perfections du bodhisattva, ce qui ouvre notre existence à une perception vaste et illimitée: « Dès l'instant où l'on a parfaitement saisi cet esprit, Avec la pensée de ne pas s'en détourner, Afin de libérer entièrement Les êtres des mondes infinis,

    Dès ce moment, Même dans le sommeil ou l'inattention, De multiples façons, la force de mérites Pareils à l'espace s'écoule sans interruption»(§18-19, I)

    Shantideva (terme sanskrit शान्तिदेव, IAST Śāntideva, vers 685-763) est un philosophe indien madhyamika, une branche du bouddhisme mahāyāna. Un des derniers grands maîtres d'expression sanskrite, Shantideva jouit d'une considération particulière dans le bouddhisme tibétain. Il a écrit le Bodhicharyavatara une œuvre capitale de la tradition bouddhiste indo-tibétaine.

    Ce titre se compose de l'éveil (bodhi), la pratique (caryâ) et l'entrée (avatâra), signifiant les pratiques emmenant à l'éveil. D'où la traduction de La Marche à l'éveil.

    En 985 Tian Xizai (天息灾) l'a traduit en Sûtra de la pratique à l'éveil (《菩提行经》) ; vers l'an 1000 , apparut le titre de Bodhisattvacaryâvatâra, signifiant L'Entrée en pratique du bodhisattva. Nous allons en parler et le découvrir dans les pages qui suivent. 

    Dharmakäya : (tib. chos sku ཆོས་ཀྱི་སྐུ།) corps de dharma, de réalité absolue : la dimension de vacuité de l'Éveil, son essence non objectale.  C'est un corps sans forme, arūpa (arūpa (mot sanskrit) fait référence aux objets et sujets sans forme physique, non matériel (éther ou éthéré y ressemble) le contraire étant la rupa 

    DharmaLes bouddhistes parlent souvent du dharma, un mot sanskrit difficilement traduisible qui est souvent laissé tel quel en Occident, mais que l'on pourrait vaguement rendre par "enseignement". Le dharma est l'un des Trois Trésors ou Trois Joyaux du bouddhisme : le Bouddha (l'Éveillé), le dharma (l'enseignement) et le sangha (la communauté)

    Trikäva : ou trikaya  (sanskrit ; devanagari : त्रिकाय ; tib. : sku-gsum) ou triple corps des bouddhas désigne dans le theravāda, le mahāyāna et le vajrayāna, trois plans d'expression de l'éveil, ou encore dimensions de la réalité.

    Le dharma désigne dans son contexte primitif indien tout à la fois la loi, l'ordre, la condition mais également le devoir et la bonne conduite. Dans une perspective bouddhiste, la signification de ce terme s'infléchit dans une double direction. Tout d'abord, il désigne la condition de l'existence au sens le plus large. On parle des dharmâ (au pluriel), autrement dit les différents phénomènes physiques ou mentaux expérimentés. La liste la plus commune répertorie cent dharmâ qui recouvre l'intégralité de ces phénomènes. Mais notre existence est loin de l'abstraction des listes et des répertoires, et l'on pourrait simplement rendre le dharma par "la vie". L'enseignement du bouddhisme puise dans la vie pour sans cesse y revenir, l'élargir et l'éveiller. Le dharma désigne ainsi, dans les traditions bouddhistes, l'ensemble des enseignements et des méthodes offerts.

    Le dharma réunit toujours ces deux sens, la vie et l'enseignement de la vie. Dans cette perspective qui unit la vie et son enseignement, étudier le dharma signifie donc s'étudier soi-même, et toutes les méthodes et les enseignements bouddhistes qui nous invitent à éclaircir l'existence. L'étude du dharma n'est pas l'acquisition d'un savoir mais la transformation de sa propre vie, même si concrètement l'étude passe aussi par l'approfondissement des textes et des écritures.

    Bodhisattva

    Kāyas

    Svābhāvikakāya 

    Vajrakāya

    Varja

     

    Dans la pensée bouddhique, le Dharmakāya, corps de la loi, est un des trois corps (Trikāya) du Bouddha, son corps ultime, que seuls les êtres éveillés peuvent percevoir.

    C'est le corps d'essence, le corps spirituel ou l'esprit lumineux, purifié de toutes formes de souffrances. Tous les agrégats sont purs, le corps et l'esprit ne sont plus dissociés, ils forment un tout dans lequel toute forme de dualité a disparu.
    Nirmânakâya est cette forme éthérée que l'on prendrait lorsque quittant le corps physique, on apparaîtrait dans son corps astral, si l'on avait en outre toute la connaissance d'un Adepte. Le Bodhisattva développe cette forme en lui-même à mesure qu'il avance sur le Sentier. Ayant atteint le but et refusé son fruit, il reste sur cette Terre comme Adepte ; et quand il meurt, au lieu d'aller en Nirvâna, il reste dans ce corps glorieux qu'il a tissé pour lui-même, invisible à l'humanité non initiée, pour la surveiller et la protéger.
     
    On rencontre à l'occasion quelques autres kāyas :

    le svābhāvikakāya (tib. ngo bo nyid kyi sku), corps de nature essentielle, co-émergence spontanée du triple corps.

    le mahāsukhakāya (tib. bde ba chen po'i sku), corps de grande aisance, ou bonheur, équivalent au vajrakāya, corps inaltérable, litt. de diamant-foudre. (voir Vajra)

     

    En voici un exemple de description :
    L'essence de l'esprit de tous les êtres sensibles Est, depuis le tout début, l'essence des Éveillés.  C'est-à-dire que l'essence de vacuité est le dharmakāya qui ne survient pas. La pure et distincte luminosité est le sambhogakāya.
    La capacité multipliée et désobstruée est le nirmānakāya.
    L'indivisible unité des trois est le svabhavikakāya
    Et leur complète immuabilité est le mahāsukhakāya.
     
    Sur un plan plus spéculatif, mais d'importance dans la visualisation de mandalas,

    les quatre corps correspondent aux quatre activités des Bouddhas : pacifier, enrichir, magnétiser ou séduire, et subjuguer.

    Les cinq corps correspondent aux Cinq dhyani bouddhas, eux aussi associés aux activités, augmentées d'une cinquième: accueillir ou accepter. Cette dernière classification donne alors lieu à toute une série de correspondances variées et quelquefois contradictoires, avec les bouddhas, bodhisattvas et parèdres ou dākinis respectifs, les éléments, les directions, les couleurs, bījas, mudrās, etc.

    La plus importante de ces séries d'association est celle des Cinq sagesses et de leur distorsions (kleshas) correspondantes. 
    Pour un survol de ces correspondances voir les tableaux de Cinq dhyani bouddhas et Mani (mantra).
     
    Finalement on distingue encore l'abhisambodhikāya (tib. mngon par byang chub pa'i sku), corps de complet éveil manifesté, par lequel un Bouddha peut émaner un nombre incalculable de nirmānakāyas pour le bénéfice des êtres à guider vers l'éveil, en s'adaptant à la diversité de leurs conditions dans les six destinées, ou domaines d'existence, des paradis jusqu'aux enfers.
    Source : Widipédia, fidèle à la réalité.
     
    Bien à vous, with all my love for you© Karma Samten Tcheu Dreun/Colinearcenciel
     
    Pour vous, voici un autre livre d'Alexandra David O'Neel raconté dans un film.
    Elle revient de Lhassa en défiant les autorités britanniques qui en interdisaient l'accès = Flash back, elle arrive en Inde, visite Shri Aurobindo, rencontre le rajah du sikkim et le lama auprès de qui elle restera trois ans dans une grotte à méditer...

    Avant 1923, le Tibet était représenté sur les cartes par une tache blanche.
    Alexandra David-Néel sera la première à dessiner cette face cachée du monde. Alexandra David-Néel fut la première Occidentale à entrer à Lhassa, la ville interdite.

    Cet exploit la rendit mondialement célèbre. A travers le témoignage pittoresque et touchant de Marie-Madeleine Peyronnet, sa dernière gouvernante, qui repart sur ses traces, vivez l'histoire de cette exploratrice hors du commun, morte à 101 ans, juste après avoir fait renouveler son passeport.

    Alexandra David Neel, du Sikkim au Tibet interdit. Remarquons la présence de Kalou Rinpoche, qui est l'un des repprésentants de la lignée kagyu.

    Il eut quatre principaux disciples qui seront chacun à l'origine d'une des quatre branches principales de l'école Kagyu: les branches TSELWA KAGYU, BARAM KAGYU, KARMA KAGYU, et PAKDRUG KAGYU.
    Dussoum Kyempa (1110-1193) ayant été un des quatre principaux disciples de Gampora fut à l'origine de la lignée Karma Kagyu et devint le premier Karmapa. Il établit le monastère de Tsourpou au Tibet central en 1189 qui est devenu par la suite le siège de la lignée Karma Kagyu. Il fut reconnu comme un grand maître prophétisé dans le passé par le Bouddha. (cfer site ci après)

    Je vous conseille ce site où vous trouverez plus de renseignements ICI 

     

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    agua, natureza, plantar, folha, flor, pétala
     
    Parcourir un chemin.
    Avec les incommensurables et subtiles écritures de  Shantideva
    ☼~~☼~☼~☼~☼~☼~☼~☼~☼~☼~~☼
     
     

     

     
    La Conscience est cet élément qui relie le tout au grand Tout. 
     
    Si nous prenons l'habitude de la "Reliance Cosmique", un bien grand mot pour cependant de toutes petites choses qui nous mènent vers de grandes choses (c'est toujours ainsi : ce sont les petites choses qui nous mènent vers les grandes réalisations) c'est trouver notre moyen de reliance à notre Conscience directe avec les notions d'Harmonie et de Bienfaits qui en découlent.
     
    "La petite voix intérieure" ou "extérieure", celle en tout cas de notre Conscience reliée au Divin, à notre source et notre intuition développée qui devient Conscience vivante et application de notre Conscience dans la matière et notre comportement. Le formatage dont nous pouvons avoir été victime ou des chocs ne permet pas toujours facilement d'y accéder. Mais il est un proverbe qui dit :"Dans le doute abstiens-toi"
    lorsque l'hésitation est là devant un choix. L'hésitation vient de notre conscience bien souvent. Les sentiments de peur et d'angoisse peuvent aussi nous guider. C'est d'en trouver leur source et de savoir que le monde subtil nous transmet des ondes de différentes substances.
     
    A nous de travailler cet aspect subtil de nos substances adéquates et d'oser le Silence de nos propres pensées afin de laisser place à la Pensée Divine afin qu'elle se dépose là où nous pouvons la recevoir en nous.
     
    Cette notion de Liberté d'Etre dans l'absolu, la Reliance jusqu'à ce qu'elle devienne permanente même si, étant humain nous ressentons les émotions nécessaires en acceptant que cela soit.
     
    Puiser à la Source au quotidien afin de nous fortifier : ceci est une discipline tout comme les Arts martiaux où notamment la force du Ki est exactement celle de la Source Divine s'écoulant en nous pourvu que nous fassions ce qui est utile pour la recevoir et vivre totalement de sa substance : nous entrons, alors, au fur et à mesure dans notre Etre Véritable.
     
    Résultat de recherche d'images pour "Lotus fleur"
     
     
    Le Chi ou le Ki, le Shi : le point de reliance. A vous de le découvrir car il se trouve en plusieurs lieux et parfois des plus simples. Etant matérialisé aussi, nous avons besoin de cette matière pour y arriver et retrouver la Vraie Vie, pour ceux qui l'ont oubliée et qui ne sont pas nés conscients du fait d'éléments qui leur appartient au cours de leurs différents parcours.
     
     
    ☼☼~~La Conscience vivante~~☼☼
     
    Voici ce qui fut écrit  par Shandiveda  Le Bodhicharyavatara  बोधिचर्यावतार Bodhicaryāvatāra 
     
     
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    L'esprit d'aspiration est comme le souhait que l'on peut avoir de partir en voyage. Par exemple, on rêve de partir en Inde, on lit des guides de voyages, on se documente sur le pays, on imagine comment ce sera là-bas. Mais on n'est pas encore parti. L'esprit d'engagement est semblable au fait de faire les démarches nécessaires et prendre véritablement le départ. Il faut donc commencer toujours par aspirer au bien des êtres, de développer au plus profond de sa pensée cette aspiration bienveillante. Et quand on s'est vraiment imprégné de cet esprit d'Éveil d'aspiration, on commence à s'engager dans le bodhicitta en transformant ses faits et gestes, en agissant de toutes sortes de façon pour le bien de tous les êtres sensibles. C'est l'esprit d'Éveil d'engagement.

     

    Cet esprit d'Éveil occupe une place fondamentale dans la pensée de Shantideva. Shantideva voit l'existence comme une nuit des temps, obscure et embrumée dans laquelle aucune lumière ne vient à percer jusqu'au moment où un Bouddha se manifeste pareillement à un éclair ainsi que le disent ces vers fréquemment cités :

     

                    « Comme un éclair déchire la nuit
                      Obscure et embrumée l'espace d'un soudain instant, 
                      Ainsi par le pouvoir du Bouddha, apparaît chez les hommes
                      Une rare et brève pensée bienveillante »(§5, I)

    Alors revient aux hommes la responsabilité d'entretenir dans la durée cette lumière manifestée par le Bouddha sous peine de voir passer cet instant soudain d'Éveil et disparaître à nouveau dans l'oubli et les ténèbres. Et l'esprit d'Éveil est le moyen par excellence d'entretenir cette lumière.

                    « Ceux qui veulent détruire les milliers maux de l'existence,
                      Ceux qui veulent écarter l'insatisfaction chez les êtres
                      Et ceux qui veulent jouir de multiples joies,
                      Ceux-là ne doivent jamais abandonner l'esprit d'Éveil »(§8, I)

    ☼☼~~La Conscience vivante~~☼☼


     Le dévoilement des fautes

    Ce chapitre comprend deux parties: une offrande en esprit aux Bouddhas et aux grands Bodhisattvas ainsi que l'exposition de la prise de conscience des fautes commises sous l'emprise de l'ignorance. Le seul remède à ses errances est la prise de refuge et la confession des erreurs aux Protecteurs.

    L'offrande mentale se constitue des plus belles choses, des plus vastes et des plus précieuses que l'on puisse imaginer dans sa pensée. À titre d'exemple, citons ces vers:

     

                    « J'offre toutes les fleurs et les fruits, 
                      Toutes les formes de remèdes, 
                      Tous les joyaux de l'univers 
                      Et toutes les eaux pures et délicieuses; 
    
                      Les montagnes faites de pierres précieuses, 
                      Et de même, les bois, les solitudes plaisantes, 
                      Les arbres célestes aux parures de fleurs 
                      Et les arbres dont les branches ploient sous le poids des fruits, 
    
                      (…) Les lacs et les bassins ornés de lotus 
                      Et agrémentés du chant des cygnes; 
                      Toutes les choses qui n'appartiennent à personne 
                      Dans les limites des sphères de l'espace immense. » (§2,3 & 5,II)
    


    Et aussi:

                    « À ceux dont la nature est compassion,
                      J'offre des palais retentissants d'hymnes mélodieux,
                      Étincelants de festons de perles, 
                      Parures de l'espace infini » (§18, II)

    Le but de cet exercice spirituel est de ne plus orienter ses souhaits et ses espérances sur soi-même, un peu comme quand on rêve de toutes les choses magnifiques, maisons, voitures de luxe, voyages dont on pourra faire l'acquisition lorsqu'on tirera le numéro gagnant à la loterie nationale. Au contraire, on oriente ses vœux et ses espérances vers le Dharma du Bouddha, donc vers le bien de tous les êtres sensibles dans l'univers.


    La seconde partie est donc le dévoilement des fautes et commence par la prise de refuge dans les trois joyaux: Bouddha, Dharma et Sangha (ici plus précisément la communauté des Fils des Vainqueurs, c'est-à-dire des bodhisattvas). Shantideva invite ici à prendre conscience de toutes les fautes que l'on a commises dans cette vie-ci, mais aussi celles perpétrées dans les vies antérieures. S'ensuit une méditation sur le temps qui passe et la mort qui se profile nécessairement au bout de chaque vie.

                    « Le seigneur de la mort indigne de confiance, 
                    Ne s'attarde pas à ce qui est fait ou reste à faire. 
                    Car la vie est instable; 
                    Et malades ou bien portants, il frappe par surprise. » (§ 33, II)
    

    Or cette méditation de la mort rend nos actes mauvais accomplis en vue de buts temporaires complètement absurdes. On fait le mal pour obtenir quelques gains misérables qui se dilapideront et qui disparaîtront de toutes façons au moment de la mort. Et cette mort est inévitable, elle se rapproche de nous inexorablement.

                    « Laissant tout, je devrais partir seul. 
                    Mais n'ayant pas compris cela, 
                    J'ai commis maintes erreurs 
                    À cause d'amis ou d'ennemis. 
    
                    Mes ennemis ne seront plus, 
                    Mes amis ne seront plus, 
                    Moi-même ne serai plus; 
                    Et pareillement, rien ne sera plus. » (§ 34 & 35, II)
    

    Les gains s'évanouissent, mais les conséquences karmiques de nos fautes, elles, nous accompagnent à travers la mort. Face à cette peur, il est urgent de prendre conscience de toutes ses fautes, de s'en repentir et de prendre la ferme résolution de changer en bien et d'accomplir des actes méritoires qui apportent les bienfaits au monde.

     

    ☼☼~~La Conscience vivante~~☼☼

     La prise de l'esprit d'Éveil

    Dans le chapitre précédent, Shantideva parlait de la peur, de la tristesse et du sentiment de désolation que l'être juste éprouve face à ses fautes passées. Dans ce troisième chapitre au contraire, Shantideva exprime la joie et l'allégresse que l'on ressent en contemplant les bienfaits incommensurables de l'esprit d'Éveil. De manière générale, ce chapitre décrit et encourage l'esprit de don de soi et d'abnégation totale qui est celui d'un aspirant à l'éveil. Or ce don de soi est porté par l'élan et la joie d'apporter le bonheur au monde.

                    « Je prends plaisir et me réjouis 
                      De l'océan des vertus de l'esprit d'Éveil, 
                      Qui aspire au bonheur de tous les êtres
                      Et d'activité dispensatrice de bienfaits. » (§ 4, III)
    

    De cette joie profonde devant la contemplation de l'océan de vertus de l'esprit d'Éveil naît le souhait de venir en aide aux autres par tous les moyens possibles et imaginables et sous toutes sortes de formes également. Quelle que soit la situation, Shantideva en appelle à trouver le moyen adéquat, le "moyen habile", de venir en aide à son prochain, comme l'expriment ces vers célèbres du troisième chapitre :

                    « Puissè-je être 
                      Pour les malades
                      Le remède, le médecin et l'infirmier, 
                      Jusqu'à la disparition des maladies!
    
                      Puissè-je calmer par des pluies de nourritures et de breuvages
                      Les douleurs de la faim et de la soif, 
                      Et pendant l'âge des famines,
                      Puissè-je moi-même devenir nourriture et breuvage! 
    
                      Puissè-je être un inépuisable trésor
                      Pour le pauvre et le démuni;
                      Puissè-je devenir tout ce dont ils ont besoin, 
                      Et puissent toutes ces choses être à leur disposition! » (§ 8 à 10, III)
    

    Il y a fondamentalement l'envie d'être utile à autrui, être là pour soulager ses peines, l'aider dans son parcours de vie, le soutenir dans les moments difficiles et le guider pour le sortir des ténèbres. Pour Shantideva, il faut se poser la question de comment peut on être utile aux autres et aspirer avec joie à se rendre utile en toutes occasions. Même si ce n'est pas toujours possible, au moins peut-on entretenir cette aspiration de l'esprit d'Éveil à venir apporter du bien-être et du réconfort autour de soi et partout dans l'univers. Ainsi ces deux autres strophes célèbres:

                    « Puissè-je être le protecteur des abandonnés, 
                    Le guide de ceux qui cheminent, 
                    La barque, le navire et le pont
                    Pour ceux qui désirent traverser les eaux !
    
                    Puissè-je être un île pour ceux qui recherchent une île,
                    Une lampe pour ceux qui en désirent une,
                    Une couche pour ceux qui veulent prendre du repos, 
                    Et le serviteur des êtres souhaitant un serviteur !  » (§ 18 & 19, III)
    

    Servir autrui et se mettre constamment en position de servir est la devise de Shantideva. Son souhait le plus récurrent qu'il cherche à décliner par tous les moyens et sous toutes les conjonctures qui se présentent. Cette volonté d'être utile et d'aspirer au bien se manifeste même à l'égard de ceux qui nous font du mal:

     

                    « Que ceux qui m'insultent, 
                    Me nuisent 
                    Ou me raillent
                    Aient tous la fortune d'accéder à l'Éveil. » (§ 17, III)

    Pour Shantideva, il est vain de voir ternir sa joie profonde et sacrée, la joie infinie de l'Éveil par le ressentiment et la rancune à l'encontre de ceux qui nous accablent. Il est beaucoup plus agréable de les englober dans notre amour et notre compassion, que la joie de la libération des souffrances immerge ces sentiments malveillants. C'est alors que la force de vie peut l'emporter sur les passions néfastes et destructrices:

     

                    « Et jusqu'à ce qu'ils passent dans le nirvâna,
                    Puissè-je de toutes les manières être une source de vie
                    Pour l'ensemble du monde des êtres
                    Qui atteignent aux confins de l'espace ! » (§ 4, III)

    ☼☼~~La Conscience vivante~~☼☼

     L'attention

    Une fois cette joie et cet enthousiasme ayant lancé la dynamique de l'Éveil, il est de toute importance de ne pas voir cette dynamique se dissiper dans l'oubli et la confusion. Il faut toujours maintenir fermement l'engagement de développer en toutes circonstances l'esprit d’Éveil. Il serait trop bête de retomber dans les habitudes néfastes et de toujours commettre les mêmes fautes morales. Dans le quatrième chapitre, Shantideva enjoint donc le pratiquant sur le chemin de l'Éveil à ne pas perdre son application.

    Ce quatrième chapitre décrit également le tourment causé par les passions néfastes, « unique cause de l'augmentation des maux » (§ 34, IV)3. Le seul combat pertinent et légitime consiste alors à vaincre et détruire ses passions mortelles afin de pouvoir vivre une vie heureuse et sans crainte. Pour Shantideva, il y a par ailleurs quelque chose de tragique à perdre de vue le bodhicitta, l'esprit d'Éveil, pour retomber dans ces passions néfastes, et oublier d'un seul coup le bien-être de tous les êtres sensibles. En effet, l'esprit d'Éveil consiste dans le souhait profond d'apporter le bonheur et de délivrer de toutes les souffrances tous les êtres de l'univers. Perdre de vue cette aspiration revient à porter préjudice à l'ensemble de tous ces êtres !

                    « Car si moi-même suis diminué
                      En détruisant le bonheur d'un seul être
                      Que dire, lorsqu'est détruit le bonheur
                      Des créatures comprises dans l'infini de l'espace ? »(§ 10, IV)
    

    Pour ne pas s'égarer dans une errance sans fin dans la ronde du samsâra, Shantideva encourage le pratiquant à ne pas perdre l'esprit d'Éveil si fondamental et à mettre un terme à ce jeu de dupes où s'enchaînent perte et redécouverte de l'esprit d'Éveil. Cette pratique en dents de scie nous fera tourner encore et encore dans le samsâra et nous écartera pour longtemps des terres des bodhisattvas. Les fautes morales commises dans nos moments d'intermittence de la vertu risquent de nous empêcher de retrouver dans notre prochaine vie la précieuse existence humaine. Et sans le support d'un corps humain, il est presque impossible de cheminer vers l'Éveil.

    Donc nous avons la liberté incroyablement précieuse d'être né humain (ce qui est un privilège très rare dans notre univers) et en plus nous avons été mis au contact de cette liberté fondamentale qu'est l'esprit d'Éveil. S'en détourner maintenant, alors que nous sommes en connaissance de cause, serait quelque chose de particulièrement pitoyable.

                    « Il n'y a pire duperie,
                      Il n'y a pire folie
                      Que de ne pas cultiver le bien
                      Après avoir acquis une telle liberté. »(§ 23, IV)
    

    Si au moins on était dans l'ignorance du Dharma ou dans l'incapacité de le comprendre comme un chat ou une panthère, on pourrait comprendre la conduite insensée à l'encontre de la vertu et du bien des êtres. Mais celui qui sait et qui pourtant se perd complètement dans les passions destructrices et l'appât du gain, celui-ci s'expose frontalement à des remords et des regrets amers quand le temps aura passé et qu'il verra la vanité et l'inefficacité totale de ses mauvaises actions.

    Les passions destructrices ou émotions perturbatrices (skt. klesha) sont nos véritables ennemis parce qu'elles nous jettent dans le guet-apens des fautes morales et des renaissances malheureuses. Il est donc de première importance de garder une attention soutenue face à cet ennemi sournois et de le connaître intimement pour ne pas laisser se faire déborder par lui. Mais il y a un paradoxe :

                    « Les ennemis telles l'aversion et la soif 
                      N'ont ni jambes, ni bras
                      Et ne sont ni braves, ni intelligents.
                      Comment ont-ils pu faire de moi leur esclave ?
    
                      Tandis qu'ils habitent mon esprit, 
                      A leur guise, ils me frappent.
                      Sans m'irriter envers eux, je suis patient.
                      Pourtant, ce ne sont pas des objets de patience, mais de blâme !»(§ 28 & 29, IV)
    

    Les passions n'ont ni la force physique pour nous contraindre, ni une intelligence rusée pour nous tromper ; mais pourtant elles ont la puissance de nous conduire dans des destinées malheureuses comme les enfers. En fait, nous avons une patience incroyable envers elles : nous accueillons volontiers la colère, l'orgueil ou l'envie, alors que ces passions nous causent du tort de manière subtile ou évidente. Shantideva nous invite donc à trancher, avec cette grande tolérance envers les passions destructrices. C'est envers les êtres qui nous font du mal qu'il faut être patient et non pas envers les passions qui envahissent notre esprit ! Ces passions, il faut les combattre ! il faut éviter d'avoir de la colère contre les gens, les accueillir avec patience, mais on peut chasser sans ménagement et avec impatience cette colère de notre conscience !

                    « Passions, passions !  Où irez-vous une fois écartées de mon esprit,
                      Anéanties par l'œil de la sagesse ?
                      Où demeurerez-vous afin de me nuire?
                      Mais, faible d'esprit, j'en suis arrivé à ne plus faire d'effort. 
    
                      Les perturbations n'habitent pas les objets, ni les sens, ni l'intervalle, ni 
                                                                ailleurs. 
                      Où vivent-elles pour tourmenter le monde entier ?
                      Elles s'apparentent à des illusions; donc que mon cœur abandonne toute crainte  
                                                                 et s'applique à la sagesse, 
                      Car pourquoi, sans raison, devrais-je souffrir dans les enfers ?»(§ 46 & 47, IV)
    

    S'appliquer constamment à l'esprit d'Éveil permet de cultiver "l'œil de la sagesse" qui dissipera l'illusion des passions. Voilà pourquoi il est si important d'y accorder son attention encore et encore. Il n'y a pas de raison de se faire souffrir inutilement en perpétuant le pouvoir des passions destructrices.

     

    ☼☼~~La Conscience vivante~~☼☼

     

    Les chapitres 5 à 10 sont consacrés à la description des six perfections du bodhisattva  dans l'ordre suivant :

    La garde de la vigilance

                    « La garde de la vigilance
                      Se définit en bref comme 
                      L'examen répété
                      De l'état physique et mental » (ch.5;108)
    

    Ce chapitre traite donc de la perfection de discipline (ou vertu transcendante de discipline, en sanskrit : shila paramita). Il est remarquable de noter qu'au lieu de définir la perfection de discipline par les prescriptions et les règles d'une bonne conduite bouddhiste, Shantideva définit celle-ci par la garde de la vigilance, c'est-à-dire "l'examen répété de l'état physique et mental". Pour lui, cette vigilance est la clef de voûte de la discipline. Si on ne garde pas l'esprit, celui-ci peut devenir incontrôlable et destructeur:

                    « Aucun éléphant ivre et indompté
                      Ne pourrait faire autant de mal 
                      Que notre esprit qui, livré à lui-même,
                      Nous inflige les maux des Enfers Insurpassables »(§2, V)
    


    Il est primordial de dompter son esprit afin de dompter ses démons, ses peurs et ses tentations. Tous ceux-ci sont des créations de l'esprit ; et donc, dans l'univers, rien n'est à craindre que l'esprit incontrôlé et cédant aux passions furieuses et destructrices. Car c'est l'esprit qui travaille et construit notre réalité heureuse ou malheureuse.

     

                    « C'est ainsi que Celui-qui-dit-vrai
                      A montré que les peurs 
                      Et les insondables souffrances
                      Émanent toutes de l'esprit »(§6, V)
    

    Veiller à l'esprit, c'est donc lui permettre de se développer harmonieusement et donc de contribuer activement à l'harmonie du monde. C'est donc le point-clef de la discipline pour Shantideva; et cette garde de la vigilance prévaut largement sur les autres préceptes : " À quoi bon trop d'austérités ? La garde de mon esprit sera ma seule ascèse !" (§ 18, V) Cet impératif de l'attention et de la vigilance peut toutefois être relâché en certaines circonstances :

                    « Si dans certains cas, un danger ou une fête, 
                      Ce n'est pas possible, agissez à votre gré. 
                      Au temps de la générosité, est-il dit, 
                      On peut se détendre en matière de discipline. »(§42, V)
    

    Si on est poursuivi par un tigre, on ne sera peut-être vraiment dans la situation adéquate pour être parfaitement attentif à son état physique et mental. On n'a que la préoccupation de fuir à toute jambe ! Pareillement, pendant la fête, l'attention peut aussi momentanément se relâcher pour goûter à ce moment de joie partagée. Cette strophe 42 est très notable du fait de cette irruption soudaine de la fête dans un texte par ailleurs très ascétique !

    Cette garde de la vigilance a le grand avantage de nous permettre de nous tenir éveillé quand on se serait tenté de céder à la colère ou des comportements nuisibles pour nous-mêmes et pour autrui. La garde de vigilance nous permet de "rester de bois" quand cela se produit. La garde de la vigilance permet de ne pas être obnubilé par l'illusion du corps. Le corps est imparfait : il est voué à la maladie, au vieillissement et à la mort; et pourtant, nous le chérissons. Être attentif à ce corps permet de s'en détacher et de ne plus en être l'esclave. Shantideva encourage alors le pratiquant à s'en servir comme d'un véhicule pour venir en aide aux êtres vivants, et non plus comme l'objet de toute notre affection (et donc aussi de tous nos soucis).

                    « Considérons ce corps comme un navire,  
                      Un moyen d'aller et de venir, rien de plus, 
                      Et transformons-le en corps d'exaucement 
                      Pour accomplir le bien des êtres. » (§70, V)
    

    Ainsi, on sera attentif et attentionné aux autres. On traitera les autres avec douceur. On ne les importunera pas et on ne leur imposera pas notre présence vulgaire, bruyante ou envahissante en restant discret.

                    « Le héron, le chat et les voleurs  
                      Se déplace furtivement sans faire de bruit, 
                      Et c'est ainsi qu'ils atteignent leurs fins :
                      Les sages devront toujours les imiter. » (§73, V)
    

    Le pratiquant spirituel sera aussi particulièrement attentif à tous les enseignements de sagesse d'où qu'ils viennent. Il sera attentif aux qualités des autres et s'en réjouira vivement. Se réjouir des réussites des autres est source d'une grande joie et la base du sentiment de la communauté et de la solidarité. Il en ressort d'innombrables bienfaits. De manière générale, chaque rencontre doit être vue comme une occasion d'Éveil :

                    « Quand nous posons les yeux sur un être,  
                      Que ce soit avec franchise et bienveillance,  
                      Et pensant que c'est grâce à lui
                      Que nous atteindrons la bouddhéité.» (§80, V)

    ☼☼~~La Conscience vivante~~☼☼

    La patience

    Cette perfection est représentative d'un Mahayana gradualiste à l'extrême. En effet, dans cette perspective graduelle :

                    « Un moment de colère détruit 
                      Toutes les activités salutaires (…)
                      Accumulées au cours de mille périodes cosmiques. »
                                                          (6;1)
    

    Shantideva y stigmatise la colère comme le pire mal, le pire ennemi du bonheur. Face à ce mal dévastateur, l'antidote est la patience. Et cet antidote a d'autant plus de valeur aux yeux de Shantideva que ce mal est dangereux:

                    « Il n'y a pas de faute comparable à la colère
                      Et pas d'ascèse comparable à la patience.
                      Par conséquent, je cultiverai la patience
                      Avec zèle et de multiple façons. »(§2, VI)
    

    À partir de cette prémisse selon laquelle la colère est la pire des fautes et la patience par conséquent le meilleur des remèdes (puisqu'il contribue à éradiquer ce mal, la colère), Shantideva développe une logique particulièrement saisissante qui fait de ce sixième chapitre exposant la perfection de patience un sommet du Bodhisattvacharyavatara. On va essayer ici de donner les grandes lignes de ces raisonnements sur la colère et la patience.

    La colère envenime notre vie par sa force de destruction. Tout doit être mis en l'œuvre pour l'enrayer. C'est pourquoi il faut analyser tous les maux que la colère provoque et comprendre d'où elle vient. La colère naît de nos frustrations et des douleurs ressenties lors des épreuves et des problèmes qui se dressent devant nous et font obstacle à nos désirs et à notre volonté.

                    « Se nourrissant du mécontentement
                      Né de l'accomplissement de ce que je ne veux pas 
                      Et des obstacles à ce que je veux,
                      L'aversion s'accroît et me détruit. »(§7, VI)
    

    Ces problèmes et ces déboires sont la source de tracas, de soucis, d'inquiétudes, d'irritations et de ressentiment. Pourtant on ne devrait pas s'en faire. En effet :

                    « S'il y a une solution, 
                      Pourquoi s'attrister ? 
                      S'il n'y a pas de solution, 
                      Pourquoi s'attrister ? »(§10, VI)
    

    S'il y a une solution, on devrait tout mettre en œuvre pour trouver cette solution et rester dans la joie d'être en train de résoudre les problèmes qui nous accablent. S'il n'y a pas de solution, on peut avoir le cœur léger puisqu'il n'y a qu'à lâcher prise, se laisser aller au cours des choses et accepter notre sort avec sérénité. La colère ne servira à rien puisqu'il n'y a pas de solution ; la colère ne fera qu'assombrir ce qui est déjà bien pénible comme ça !

    Il faut donc à apprendre à endurer la souffrance et la douleur sans s'énerver et sans perdre patience. Il faut apprendre à ne pas laisser la colère nous agiter de rage et diriger nos mouvements et nos jugements. Cela doit se faire selon un processus très graduel. Progressivement, on abandonne la colère en augmentant notre capacité à endurer des situations de plus en plus pénibles. Il faut commencer par de toutes petites choses comme savoir patienter en attendant le bus ou endurer un piqûre de moustique, et puis progressivement, notre patience se renforce, nous rendant maîtres de nous-mêmes face à de lourdes épreuves et de grandes adversités.

                    « Il n'est rien qui, par l'accoutumance,
                      Ne devienne aisé.
                      Aussi en vous familiarisant avec de moindres maux, 
                      Apprenez à en supporter de grands. »(§ 14, VI)
    

    Le véritable combat n'est donc pas contre notre ennemi détesté, mais contre la colère, notre véritable ennemie. L'héroïsme consiste donc à vaincre notre haine.

                    « Ceux qui, dédaignant la souffrance, 
                      Détruisent l'aversion et autres ennemis, 
                      Sont d'héroïques vainqueurs.
                      Le reste n'est que tueurs de cadavres. »(§ 20, VI)
    

    Shantideva nous incite alors à changer radicalement notre point de vue sur la souffrance et à en voir les qualités cachées.

                    « Par ailleurs, la souffrance a d'excellentes qualités :
                      Nous affligeant, elle dissipe notre arrogance,  
                      Nous rend compatissant envers les êtres du samsâra,
                      Nous fait éviter les fautes et aimer la vertu. »(§21, VI)
    

    En outre, la colère comme tous les autres phénomènes est produite à partir de causes et de conditions extérieures à l'individu qui se met en colère contre nous. Quand on voit cet enchaînement de causes qui conduisent à l'émergence de cette colère, on commence à relativiser cette colère. De la même façon qu'on ne s'emporte pas contre une maladie qui nous accable, on ne devrait pas s'emporter non plus contre les êtres conscients car eux aussi sont poussés dans leurs actions par des causes et des conditions qui les contraignent à agir comme ils agissent :

                    « Toutes les fautes, 
                      Toutes les variétés d'erreurs  
                      Se produisent par la force de conditions;
                      Elles ne sont pas indépendantes.
    
                      (…)Ayant compris cela, je ne m'irriterai pas
                      Contre des phénomènes analogues à des apparitions.
    
                      Par conséquent, à la vue de l'activité incorrecte
                      D'un ami ou d'un ennemi, 
                      Il faut se dire: "Cela provient de telles et telles conditions"
                      Et demeurer dans la joie. »(§25, 31 & 33, VI)
    

    Les personnes sous l'emprise des passions néfastes se nuisent à elles-mêmes ; elles vont même jusqu'à se suicider. Pourquoi donc épargneraient-elles les autres dans leur fièvre destructrice ? Il faut ainsi chercher à comprendre l'enchaînement causal qui les pousse à agir comme cela, afin de se détacher de nos jugements de colère et de ressentiment à leur encontre. On pourrait alors arriver à deux conclusions opposées quant à la nature de ce mal en eux : 1°) ces gens colériques et malveillants sont mauvais par nature ; 2°) ces gens colériques et malveillants ne sont en colère et dans la malveillance qu'à la suite de certaines circonstances accidentelles. Cette colère est due à des causes particulières et disparaîtra à un moment ou à un autre.

    Dans le premier cas, il ne faut pas se mettre en colère, parce que si leur nature est d'être mauvais, ils n'y peuvent rien. Il faut les accepter comme ils sont, de la même façon qu'on sait que la nature du feu est de nous brûler si on le touche.

                    « S'il était dans la nature des puérils 
                      De nuire à autrui, 
                      Il serait aussi inopportun de s'irriter à leur endroit
                      Que contre le feu dont la nature est de brûler. »(§39, VI)
    

    Dans le second cas, la colère est aussi inopportune parce que c'est une affectation passagère extérieure à la personne en colère.

                    « Et si ces fautes étaient accidentelles
                      Aux êtres dont le caractère est stable, 
                      La colère à leur égard ne serait pas plus logique à leur égard
                      Que contre le ciel envahi par la fumée. »(§40, VI)
    

    Dans les deux cas, il vaut mieux abandonner la colère, car c'est cette colère qui a poussé l'autre à me nuire et c'est cette colère qui pourrira durablement ma vie si je lui cède. C'est donc bien la colère notre véritable ennemie :

                    « Alors qu'en vérité, je suis frappé par le bâton,
                      Je m'irrite contre celui qui le manipule;
                      Or, lui-même étant secondaire et mû par l'aversion, 
                      Il serait correct de me fâcher contre elle.  »(§41, VI)
    


    Shantideva invoque alors la loi du karma qui explique que les maux subis dans cette vie sont le résultat d'actions malveillantes accomplies dans le passé (de cette vie ou d'une vie antérieure) et que l'on paie aujourd'hui.

     

                     « Auparavant j'ai accompli des méfaits
                      Semblable envers les êtres; 
                      De ce fait, il est juste que ces maux
                      Rejaillisse sur moi qui ai nui aux autres. »(§42, VI)
    

    Donc si je subis des méfaits, c'est la conséquence de mes actes passés qui avaient causé des torts aux autres. Or comme on l'a vu plus haut: "il n'y pas d'ascèse comparable à la patience" (§2, VI). Si donc maintenant je pratique la patience, je vais m'élever spirituellement et goûter de suprêmes félicités tandis que mes bourreaux vont tomber dans les enfers du fait de leurs mauvaises actions sous l'emprise de la colère. La relation s'inverse : je suis leur bourreaux tandis que les bourreaux sont mes victimes !

                     « C'est poussé par mes actions 
                       Qu'apparaissent mes persécuteurs.
                       Si à cause de leurs méfaits, ils tombent en enfer, 
                       Ne suis-je pas leur meurtrier ?
    
                       M'appuyant sur eux, je purifie de nombreuses fautes
                       Par l'exercice de patience;
                       S'appuyant sur moi, ils tomberont pour longtemps 
                       Dans les souffrances infernales. 
    
                       Puisque je suis leur persécuteur
                       Et qu'ils sont mes bienfaiteurs,
                       Pourquoi, esprit cruel, 
                       T'emportes-tu de manière erronée ? »(§ 47-49, VI)
    

    Dans cette vue de l'esprit, l'ennemi n'est plus un ennemi, mais l'occasion rêvée de pratiquer l'ascèse de patience, la voie royale vers l'Éveil et la félicité ! On devrait donc se féliciter de faire pareille rencontre ! C'est là le retournement qu'opère Shantideva dans ce sixième chapitre du Bodhicharyavatara : Shantideva change radicalement notre façon de voir les tourments qu'on nous fait endurer afin de nous libérer de tous ces jugements que nous opérons en permanence et qui finissent par nous emprisonner. Le bourreau, l'ennemi est l'occasion de pratiquer la patience au même titre que le mendiant est l'occasion pour moi de pratiquer la générosité :

                     « Le mendiant qui se présente en temps opportun
                       N'est pas un obstacle au don;
                       Et l'on ne peut dire que celui qui confère les vœux
                       Soit un obstacle à l'ordination !
    
                       Il y a bien des mendiants dans ce monde,
                       Mais rares sont les offenseurs,
                       Car si je nuis pas, 
                       Peu de gens me nuiront. 
    
                       Ainsi, tel un trésor surgi dans ma maison
                       Sans effort pour l'obtenir,
                       Je dois aimer mon ennemi, 
                       Car il m'assiste dans ma carrière vers l'Éveil. »(§ 105-107, VI)
    


    On pourrait alors penser que refuser de répondre à la colère et à la haine par la violence risque de nous coûter la vie. C'est un risque que Shantideva prend effectivement en compte (même si répondre par violence n'est pas non plus une garantie de rester en vie) ; mais pour Shantideva, la vie n'en vaut pas la peine si c'est pour vivre en accomplissant toutes sortes de turpitudes et créant la douleur pour soi-même et les autres. Par ailleurs la vie est comme un rêve illusoire. Au réveil, ce rêve disparaît, quelle qu'ait été sa durée :

                     « Mieux vaut la mort aujourd'hui même
                       Qu'une longue vie par des moyens d'existence erronés,
                       Car même si les gens comme moi vivent longtemps, 
                       Ils n'évitent pas les souffrances du trépas.
    
                       Une personne éprouve en rêve un siècle de bonheur; 
                       Où est ce bonheur au réveil ?
                       Une autre éprouve un instant de bonheur; 
                       Où est ce bonheur au réveil? »(§ 57-58, VI)
    

    La colère à l'égard de ceux qui blasphèment contre le Dharma n'est pas non plus propice. En effet, les Bouddhas sont complètement détachés des choses matérielles de ce monde. Que leur importe de perdre un lieu de culte ou une statue en or à leur effigie ?

                     « S'emporter contre ceux qui outragent
                       Les statues, les stoupas
                       Et le sublime Dharma est inapproprié, 
                       Car les Bouddhas n'en souffrent pas. »(§ 64, VI)
    

    Face à de tels blasphémateurs, pratiquer la sagesse, l'esprit d'Éveil, la bienveillance et la patience sont certainement de meilleurs moyens d'honorer et respecter les Bouddhas.


    De manière générale, le détachement est indispensable pour cultiver la patience. En effet, c'est l'attachement à un objet qui nous plonge dans la détresse quand nous perdons cet objet ou que celui-ci est détruit. C'est pourquoi il est important de remédier d'abord à cet attachement :

                     « Par exemple, quand le feu a pris dans une maison
                       En atteint une autre,
                       Il est avisé de retirer la paille et autres matières
                       Qui pourraient causer sa propagation. 
    
                       De même, quand le feu de l'aversion se propage
                       Vers ce par quoi mon esprit est attaché, 
                       De peur que mes mérites ne soient consumés, 
                       Je dois à l'instant abandonner cet attachement.» (§ 70-71, VI)
    

    Il est ainsi particulièrement judicieux selon Shantideva de ne pas s'attacher à la bonne réputation et à la réussite

     

    ☼☼~~La Conscience vivante~~☼☼

     

     
     

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