• 13. Paresse spirituelle d'un aubergiste

     

    1.17. Paresse spirituelle d’un aubergiste. - Un temple sur
    une cîme. - La vision des rayons et des spectres


    Le lendemain matin, toutes nos facultés étaient, alertées
    par l’attente de la révélation que ce jour allait nous
    apporter.

    Nous commencions à considérer chaque journée
    en elle-même comme le développement d’une révélation, et
    nous avions le sentiment d’effleurer seulement le sens
    profond de nos expériences.

    Au petit déjeuner, on nous informa que nous irions à un village situé plus haut dans la montagne. De là, nous irions visiter le temple situé sur l’une
    des montagnes que j’avais aperçues du toit du temple précédemment décrit. Il ne serait pas possible de faire plus de vingt-cinq kilomètres à cheval. Il fut convenu que deux villageois nous accompagneraient sur cette distance, puis conduiraient les chevaux à un autre petit village où ils les
    garderaient en attendant notre retour. Les choses se passèrent comme prévu. Nous confiâmes les chevaux aux villageois et nous commençâmes l’ascension de l’étroit sentier de montagne qui conduisait à notre village de
    destination. Certaines parties du sentier étaient des marches taillées dans la pierre.
    Nous campâmes cette nuit-là près d’une auberge située sur une crête, à mi-chemin entre le point où nous avions quitté les chevaux et le village de destination. L’aubergiste était un vieillard gros et jovial. En fait, il était tellement gras et dodu qu’il avait plutôt l’air de rouler, que de marcher, et il était difficile d’affirmer qu’il eût des yeux. Dès qu’il reconnut Émile, il demanda à être guéri, disant que si on, ne lui portait pas secours il allait sûrement mourir. Nous apprîmes que le service de cette auberge était assuré de père en fils depuis des centaines d’années. L’aubergiste lui-même
    était en fonction depuis soixante-dix ans.
    À ses débuts, il avait été guéri d’une tare congénitale, réputée incurable, et s’était mis activement au travail spirituel pendant deux ans. Ensuite, il s’en était peu à peu désintéressé et avait commencé à compter sur autrui pour le tirer de ses difficultés. Cela dura une vingtaine d’années pendant lesquelles il parut jouir d’une santé impeccable.
    Soudain, il retomba dans ses anciens errements sans vouloir faire l’effort de sortir de sa prétendue léthargie. Ce n’était qu’un cas typique parmi des milliers d’autres. Ses congénères vivent sans se donner de mal. Tout effort devient vite un fardeau insupportable pour eux. Ils s’en désintéressent, et leurs prières d’appel à l’aide deviennent mécaniques au lieu d’être formulées avec un sens profond ou un désir intime.


    Nous partîmes de très bonne heure le lendemain matin, et à quatre heures de l’après-midi nous étions arrivés à destination. Le temple était perché sur un sommet rocheux presque à la verticale du village. La paroi rocheuse était si abrupte que la seule voie d’accès consistait en un panier
    attaché à une corde. On descendait le panier grâce à une poulie supportée par une poutre de bois fixée aux rochers.
    Une extrémité de la corde s’enroulait sur un treuil, l’autre passait sur la poulie et supportait le panier. Le panier servait à monter aussi bien qu’à descendre. Le treuil était placé dans une petite chambre taillée dans le roc d’un surplomb. La poutre qui portait la poulie débordait de manière que le panier puisse descendre sans heurter le surplomb. À la remontée, quand le panier avait franchi le surplomb, on lui imprimait un balancement qui permettait d’aborder en sécurité sur le surplomb et d’entrer dans la
    petite pièce taillée dans le roc. Le surplomb était si accusé que le panier se promenait dans l’air à une vingtaine de mètres de la paroi.


    À un signal donné, on fit descendre le panier et nous fûmes hissés un par un jusqu’au surplomb, à cent trente mètres de hauteur. Une fois là, nous cherchâmes un sentier pour monter jusqu’au, temple, situé cent soixante-quinze mètres plus haut, et dont les murs faisaient suite à la paroi rocheuse. On nous informa que la seconde ascension se

    ferait comme la première. En effet, nous vîmes émerger du
    temple une poutre semblable à celle du surplomb. On envoya
    une corde qui fut attachée au même panier, et nous fûmes à
    nouveau hissés un par un jusque sur la terrasse du temple.
    J’eus encore une fois l’impression de me trouver sur le toit du monde. Le sommet rocheux qui supportait le templedominait de trois cents mètres toutes les montagnesenvironnantes. Le village d’où nous étions partis se trouvaittrois cents mètres plus bas, au sommet d’un col où l’onpassait pour traverser les Himalayas. Le niveau du templeétait inférieur de trois cent cinquante mètres à celui du temple que j’avais visité avec Émile et Jast, mais ici la vue était beaucoup plus étendue. Il nous semblait que nous
    pouvions regarder dans l’espace infini.

     

    On nous installa confortablement pour la nuit. Nos trois amis nous informèrent qu’ils allaient rendre visite àquelques groupes de nos camarades et qu’ils étaient disposés à emporter tout message de notre part. Nous écrivîmes donc à tous nos camarades en indiquant avec soin
    la date, l’heure, et la localité. Nous gardâmes copie de nos messages et nous eûmes l’occasion de constater plus tard que tous avaient été remis aux destinataires moins de vingt minutes après avoir quitté nos mains. Quand nous eûmes donné les messages à nos amis, ils nous serrèrent la main en nous disant au revoir jusqu’au lendemain matin, puis
    disparurent un à un.
    Après un bon dîner servi par les gardiens, nous nous retirâmes pour la nuit, mais sans pouvoir dormir, car nos expériences commençaient à nous impressionner profondément. Nous étions à trois mille mètres d’altitude,
    sans une âme à proximité, excepté les desservants, et sans autre bruit que le son de nos propres voix. L’air était absolument immobile.


    L’un de nos camarades dit : Il n’y a rien d’étonnant à ce qu’on ait choisi l’emplacement de ces temples comme lieu de méditation. Le silence est tellement intense qu’on le croirait tangible. Ce temple est certainement un bon endroit de retraite. Je vais sortir pour jeter un coup d’oeil aux
    alentours.
    Il sortit, mais rentra peu après en disant qu’il y avait un épais brouillard et qu’on n’y voyait rien. Mes deux camarades s’endormirent bientôt, mais j’avais de l’insomnie.
    Je me levais donc, m’habillais, montais sur le toit du temple, et m’assis les jambes pendant à l’extérieur de la muraille. Il y avait juste assez de clair de lune filtrant à travers le brouillard pour dissiper l’obscurité complète qui aurait prévalu sans cela. La faible lumière lunaire donnait du relief aux grands bancs de brouillard dont les ondulations se déroulaient à proximité. Elle rappelait que l’on n’était pas suspendu dans l’espace, qu’il y avait quelque chose plus bas, que le sol existait toujours, et que l’endroit où j’étais assis était relié à la terre.


    Soudain J’eus une vision. Je vis un grand faisceau lumineux dont les rayons s’étalaient en éventail et s’élargissaient vers moi. J’étais assis à peu près au milieu de l’éventail. Le rayon central était le plus brillant. Chaque
    rayon continuait son trajet jusqu’à ce qu’il illuminât une partie bien déterminée de la terre.

    Puis les rayons se fondaient tous en un grand rayon blanc.

    Ils convergeaient en un point central de lumière blanche si intense qu’elle
    paraissait transparente comme du cristal. J’eus alors l’impression de planer dans l’espace au-dessus de ce spectacle. En regardant vers la source lointaine du rayon blanc, j’aperçus des spectres d’un passé immensément
    reculé. Ils avancèrent en nombre croissant et en rangs serrés jusqu’à un endroit où ils se séparèrent. Ils s’éloignèrent de plus en plus les uns des autres jusqu’à remplir le rayon lumineux et à couvrir la terre. Ils
    paraissaient tous émaner du point blanc central, d’abord un par un, puis deux par deux, puis quatre par quatre, et ainsi de suite jusqu’au point de divergence où ils étaient plus de cent côte à côte, déployés en un éventail serré. Au point de divergence, ils s’éparpillaient, occupaient tous les rayons, et marchaient sans ordre, chacun à son idée. Le moment où ils eurent couvert toute la terre coïncida avec le maximum de divergence des rayons. Puis les formes spectrales se rapprochèrent progressivement les unes des autres. Les rayons convergèrent vers leur point de départ, où les formes
    entrèrent de nouveau une à une, ayant ainsi complété leur cycle. Avant d’entrer, elles s’étaient regroupées côte à côte en un rang serré d’une centaine d’âmes. À mesure qu’elles avançaient, leur nombre diminuait jusqu’à ce qu’il n’y en eût plus qu’une, et celle-là entra seule dans la lumière.
    Je me levai brusquement, avec l’impression que, l’endroit manquait de sécurité pour, rêver, et je regagnai mon lit, où je ne tardai pas à m’endormir.

     

    1.18.Lever de soleil au temple. - Suppression de la
    pesanteur. - Coucher de soleil extraordinaire. -
    L’immaculée conception


    Nous avions prié l’un des gardiens de nous réveiller aux premières lueurs de l’aube. Il frappa à notre porte alors qu’il me semblait avoir à peine eu le temps de dormir. Nous bondîmes tous hors de nos lits, tant nous étions anxieux de voir le lever du soleil du haut de notre perchoir.

    Nous fûmes habillés en un rien de temps et nous nous ruâmes vers la
    terrasse comme trois écoliers impatients. Nous fîmes tant de bruit que nous effrayâmes les gardiens, qui vinrent en hâte voir si nous avions gardé notre bon sens. Je pense que jamais vacarme semblable n’avait troublé la paix de ce vieux temple depuis sa construction, c’est-à-dire depuis plus de dix
    mille ans. En fait, il était si ancien qu’il faisait corps avec le rocher sur lequel il reposait.


    En arrivant sur la terrasse, les recommandations de calme devinrent inutiles. Dès le premier coup d’oeil, mes deux camarades restèrent bouche bée, les yeux grands ouverts. Je suppose que j’en fis autant. J’attendais qu’ils parlassent lorsqu’ils s’écrièrent presque ensemble : « Mais
    nous sommes certainement suspendus dans l’air. » Leur impression était exactement la même que celle que j’avais eue dans l’autre temple. Ils avaient oublié un instant que leurs pieds reposaient sur le sol et avaient la sensation de flotter dans l’atmosphère. L’un d’eux remarqua : « Je ne
    m’étonne pas que les Maîtres puissent voler après avoir ressenti cette sensation. »


    Un bref éclat de rire nous tira de nos pensées. Nous nous retournâmes et vîmes immédiatement derrière nous Émile, Jast, et notre ami des documents. Un de mes camarades voulut serrer toutes leurs mains à la fois et s’écria : « C’est merveilleux. Il n’y a rien d’étonnant à ce que vous puissiez voler après avoir séjourné ici ! »

    Ils sourirent, et l’un d’eux dit : « Vous êtes aussi libres de voler que, nous. Il vous suffit de savoir que vous avez le pouvoir intérieur de le faire, puis
    de vous en servir. »


    Nous contemplâmes le paysage. Le brouillard s’étaitabaissé et flottait en grands rouleaux de houle. Mais il était encore assez haut pour qu’aucun mètre carré de terre ne fût visible. Le mouvement des bancs de brouillard nous donnait   la sensation d’être emportés sur des ailes silencieuses. 

    En regardant au loin, on perdait tout sens de la gravitation, et

    il était difficile de s’imaginer que l’on ne planait pas dans l’espace. Personnellement, j’avais si bien perdu le sens de la pesanteur que je flottais au-dessus du toit. Au bruit d’une voix, j’y retombai si rudement que je ressentis un choc dont les effets mirent plusieurs jours à se dissiper..

    (ce sont les corps subtils qui doivent se remettre en place car il a été distrait par un bruit et il est sorti de sa méditation et de son état brusquement et ce, en étant en lévitation, l'esprit doit rester dans une attitude complètement égale face à ce qu'il voit et ce qu'il entend, car il eut arriver, et cela fait partie du "dépassement" de voir des choses totalement particulières qui sont comme les formes animales un peu effrayante de l'entrée d'un temple qui sont eux les gardiens de ce temple et garder la même attitude intérieure pour ne pas interrompre le processus en cours, il faut être averti de cela, car il ne s'agit pas d'un état de transe mais d'un état "d'envol" mystique avec lévitation où le corps physique est partie prenante et tous les corps subtils : le silence est bien sur important et prendre les précautions, mais à force d'exercices, cette maîtrise s'acquiert pour entrer dans un état plus profond où le bruit ne produira plus d'effets. Notes de ©Colinearcenciel, août 2018).


    Ce matin-là, nous décidâmes de rester trois jours au temple ; n’ayant plus qu’un seul endroit intéressant à visiter avant de retrouver les autres sections.

    Émile avait apporté des messages. L’un d’eux nous informait que la section de notre chef avait visité notre temple trois jours seulement auparavant. Après le petit déjeuner, nous sortîmes pour voir le brouillard se dissiper graduellement. Nous l’observâmes jusqu’à disparition complète et apparition du soleil. On voyait le petit village niché sous la falaise de la vallée s’étendant au loin.


    Nos amis ayant décidé de visiter le village, nous demandâmes la permission de les accompagner. Ils répondirent par l’affirmative en riant et nous conseillèrent de nous servir du panier, disant qu’ainsi nous aurions, à
    l’arrivée, un aspect plus présentable que si nous tentions d’employer leur mode de locomotion. On nous descendit donc un à un sur le surplomb et, de là, sur le petit plateau qui dominait le village. À peine le dernier de nous avait-il sauté du panier que nos amis étaient là. Nous descendîmes
    tous ensemble au village, où nous passâmes la majeure partie de la journée.


    C’était un vieux village bizarre, caractéristique de ces régions montagneuses. Il comprenait une vingtaine de maisons creusées dans la paroi de la falaise. Les ouvertures se bouchaient avec des dalles de pierre. On avait adopté ce mode de construction pour éviter que les maisons ne
    s’écrasent sous le poids des neiges hivernales.

     

    Les villageois ne tardèrent pas à se rassembler. Émile leur parla quelques instants et il fut convenu qu’une réunion aurait lieu le lendemain après-midi. Des messagers furent envoyés pour prévenir les gens du voisinage désireux d’y assister.
    On nous informa que Jean-Baptiste avait vécu dans ce village et reçu certains enseignements dans le temple.
    Celui-ci était exactement dans le même état qu’à cette époque. On nous montra l’emplacement de la maison que Jean avait habitée, mais qui avait été détruite. Quand nous retournâmes au temple en fin de journée, le temps s’était clarifié, et l’on pouvait apercevoir une vaste région. On nous montra les chemins que Jean suivait pour se rendre aux
    villages environnants. Le temple et son village avaient été
    bâtis six mille ans au moins avant la visite de Jean. On nous
    fit voir notre chemin de départ, qui était en service depuis la même époque. Vers cinq heures du soir, notre ami des documents nous serra la main en disant qu’il allait s’absenter, mais reviendrait bientôt. Aussitôt après il disparut.


    Ce soir-là, nous assistâmes du toit du temple au plus extraordinaire coucher de soleil que j’aie jamais vu, et cependant j’ai eu la bonne fortune d’en voir dans presque tous les pays du monde. À la tombée du soir, une légère brume couvrit une petite chaîne de montagnes bordant une
    vaste zone de plateaux sur lesquels notre regard pouvait plonger. Quand le soleil atteignit cette bordure, il sembla la dominer de si haut que nous contemplions une mer d’or en fusion. Puis vint le crépuscule qui enflamma tous les hauts sommets. Les montagnes neigeuses du lointain étincelaient.
    Les glaciers, ressemblaient à d’immenses langues de feu. Toutes ces flammes rejoignaient les diverses tonalités duciel et paraissaient s’y fondre.

    Les lacs parsemant la plaine ressemblèrent soudain à des volcans lançant des feux qui se mêlaient aux couleurs du ciel. Pendant un moment, nous
    eûmes l’impression de nous trouver au bord d’un enfer silencieux, puis l’ensemble se fondit en une seule harmonie de couleurs, et une soirée douce et tranquille tomba sur le paysage. La paix qui s’en dégageait était indicible.
    Nous restâmes assis sur la terrasse jusqu’à minuit, bavardant et posant des questions à Émile et à Jast.

    Ces questions portaient surtout sur l’ethnographie et l’histoire
    générale du pays. Émile nous fit de nombreuses citations de documents connus des Maîtres. Ces documents prouvent que le pays était habité des milliers d’années avant nos temps historiques.
    Émile finit par dire : Je ne voudrais ni dénigrer votre histoire ni faire bon marché de vos historiens. Mais ceux-ci ne sont pas remontés assez loin dans le passé. Ils ont admis que l’Égypte signifiait ténèbres extérieures ou désert, comme son nom l’indique. En réalité, ce nom signifie « désert de pensée ».

     

     

    À l’époque égyptienne comme aujourd’hui, une grande partie du monde vivait dans un désert de pensée, et vos historiens n’ont pas recherché le sens caché de cette formule pour l’approfondir. Ils ont accepté et relaté les témoignages superficiels des yeux et des oreilles. Ce fut le début de votre histoire. Il est très difficile de la relier à la nôtre. Je ne vous demande pas de considérer la nôtre comme authentique, mais je suggère que vous choisissiez librement entre les deux.


    La lune apparut alors ronde et pleine au-dessus des montagnes qui barraient l’horizon dans le lointain. Nous restâmes à la contempler jusqu’à ce qu’elle fût presque au zénith. Le spectacle était magnifique. De légers nuages passaient de temps à autre devant une montagne voisine un
    peu plus haute que le temple. Quand ils passaient près de la lune, nous avions l’impression de nous déplacer avec elle devant les nuages immobiles. Cela dura une heure.


    Soudain, nous entendîmes derrière nous un bruit semblable à celui de la chute d’un corps. Nous nous levâmes pour regarder, et voici qu’une vieille dame d’un certain âge était là et nous demanda en souriant si elle nous avait effrayés. Nous eûmes d’abord l’impression qu’elle avait sauté du parapet sur la terrasse, mais elle avait simplement frappé du pied pour attirer notre attention, et l’intensité du silence avait amplifié le son. Émile s’avança rapidement pour la saluer et nous présenta sa soeur. Elle sourit et demanda si elle avait dérangé nos rêves.


    Nous nous rassîmes, et la conversation s’orienta sur les réminiscences de ses expériences et de son travail dans la vie sainte. Elle avait trois fils et une fille, tous éduqués dans le même esprit. Nous lui demandâmes si ses enfants l’accompagnaient. Elle répondit que les deux plus jeunes ne
    la quittaient jamais. Nous demandâmes à les voir. Elle répondit qu’ils étaient précisément libres, et aussitôt deux personnages apparurent, un homme et une femme. Ils saluèrent leur oncle et leur mère, puis s’avancèrent pour être présentés à mes deux camarades et à moi. Le fils était un grand gaillard bien droit et d’aspect mâle. Il paraissait trente ans. La fille était plutôt petite, mince, avec des traits ravissants. C’était une belle jeune fille bien équilibrée, paraissant avoir vingt ans. Nous apprîmes plus tard que le fils avait cent quinze ans et la fille cent vingt-huit. Ils devaient assister à la réunion du lendemain et ne tardèrent pas à descendre.


    Après leur départ, nous complimentâmes leur mère à leur sujet. Elle se tourna vers nous et répondit : Tout enfant est bon et parfait à sa naissance.

    Il n’en est point de mauvais. Peu importe que leur conception ait été parfaite et immaculée ou au contraire matérielle et sensuelle. L’enfant
    de la conception immaculée reconnaît très tôt sa filiation
    avec le Père. Il sait qu’il est le Christ fils de Dieu. Il se
    développe rapidement et ne conçoit que la perfection.


    L’enfant conçu par la voie des sens peut aussi reconnaître immédiatement sa filiation, percevoir que le Christ demeure également en lui, et réaliser sa perfection en faisant du Christ son idéal. Il contemple cet idéal, l’aime et le chérit, et à la fin il manifeste ou reproduit l’objet de ses pensées. Il est
    né de nouveau, il est parfait. Il a fait ressortir sa perfection intérieure qui avait toujours existé. Le premier s’en est tenu à l’idéal, et il est parfait. Le second a perçu l’idéal et l’a développé. Tous deux sont parfaits. Aucun enfant n’est mauvais. Tous sont bons et viennent de Dieu.
    L’un de nous suggéra alors qu’il était temps de secoucher, car il était plus de minuit.

     

    1.19.Écritures saintes. - Lecture aux bergers


    Le lendemain matin, à cinq heures, nous étions tous réunis sur la terrasse du temple. Après les salutations d’usage, nous nous installâmes à la ronde, et, selon la coutume, on lut des extraits d’écritures sacrées.

    Cmatin-là, les extraits avaient été choisis parmi les documents du temple. Jast les traduisit. Nous eûmes la surprise de constater que la première citation correspondait au premier chapitre de l’Évangile selon saint Jean, et la deuxième au premier chapitre de l’Évangile selon saint Luc.
    Nous demandâmes à chercher nos bibles pour comparer. On nous le permit volontiers. Jast nous aida à faire les parallèles, et nous fûmes tous surpris de la similitude des deux Écritures.


    À peine avions-nous terminé que la cloche du repas matinal sonna. Nous rentrâmes tous à l’intérieur. Après le repas, nous nous préparâmes à descendre au village et ne pensâmes plus aux parallèles. Au village, nous trouvâmes une assemblée nombreuse de gens du voisinage.

    Jast nous dit que c’étaient principalement des bergers qui conduisaient leurs troupeaux en été dans les hauts pâturages, et que le moment de redescendre vers les vallées basses approchait rapidement. C’était une coutume de réunir annuellement ces gens peu de temps avant leur départ.
    En traversant le village, nous rencontrâmes le neveu d’Émile, qui nous suggéra de faire une promenade avant le déjeuner. Nous acceptâmes volontiers, car nous avions envie de connaître les environs. Au cours de la promenade, il nous montra de loin divers villages de la vallée, qui présentaient un intérêt spécial. Leurs noms une fois traduits ressemblaient beaucoup à ceux des premiers chapitres de la Bible. Mais la vraie signification de l’ensemble nous apparut seulement plus tard, après que nous eûmes repris le chemin du village, déjeuné, et pris place à la réunion.


    Il y avait environ deux cents personnes assemblées quand nos amis du temple apparurent. Le neveu d’Émile se dirigea vers deux hommes qui tenaient un objet ressemblant à un gros livre. Quand ils l’ouvrirent, nous vîmes que c’était une boîte en forme de livre. Elle contenait des paquets de
    feuillets semblables à des pages de livre. Le père du neveu d’Émile en choisit un, et l’on plaça la boîte sur le sol.

    Il le donna au premier homme, qui l’ouvrit. Ensuite, il lui passa
    les feuillets un à un. Après lecture, il les donnait au deuxième homme qui les remettait dans la boîte.


    Là lecture se poursuivit avec Jast pour interprète. Nous ne tardâmes pas à nous rendre compte que l’histoire lue ressemblait d’une manière frappante à l’Évangile selon saint Jean, mais avec beaucoup plus de détails. Suivirent des feuillets semblables à l’Évangile de Luc, puis d’autres semblables à celui de Marc, et enfin d’autres semblables à celui de Matthieu.


    Après la lecture, les auditeurs se réunirent en petits groupes. Quant à nous, avec Jast, nous cherchâmes Émile pour lui demander des explications d’ensemble. Il nous informa que ces documents étaient lus à chaque assemblée annuelle, et que le village était le centre du pays qui avait
    été jadis le théâtre de ces scènes. Nous lui fîmes remarquer leur similitude avec les histoires relatées dans la Bible. Il nous dit que beaucoup d’histoires de l’Ancien Testament étaient tirées des documents que nous venions de voir, mais que les scènes plus récentes, comme celle de la crucifixion, s’étaient passées ailleurs qu’ici. Néanmoins, l’ensemble était centré sur la naissance et la vie du Christ. Le thème principal portait sur la recherche du Christ dans l’homme, et cherchait à montrer aux égarés, éloignés de cet idéal, que le
    Christ vivait toujours en eux.

    Émile en vint même à dire que le lieu des événements n’avait aucune importance parce que le désir des Maîtres consistait surtout à perpétuer le sens spirituel des événements.


    Nous employâmes le reste de la journée et le lendemain à faire des comparaisons et à prendre des notes. Faute de place, je ne puis les reproduire ici. Le lecteur comprendra le sens spirituel de l’histoire des feuillets en relisant les chapitres cités de la Bible.

    Nous découvrîmes que le père du neveu d’Émile, qui avait fait la lecture, descendait en ligne droite du père de Jean-Baptiste. C’était la coutume qu’un membre de sa famille lut les documents à cette assemblée. Le temple où nous logions avait été un lieu d’adoration pourJean et Zacharie.


    Nos amis manifestèrent le désir d’aller leur chemin.
    Nous convînmes donc que Jast resterait avec nous et que les autres s’en iraient. Le lendemain nous achevâmes de lire les documents, et le surlendemain nous partîmes à notre tour.
    Bien que l’heure fût très matinale, presque tous lesvillageois s’étaient levés pour nous souhaiter bon voyage.

     

    1.20.Le village natal d’Émile. - La mère du Maître


    Pendant les cinq jours suivants, notre chemin traversa le pays jadis parcouru par Jean. Au cinquième jour, nous arrivâmes au village où nos chevaux nous attendaient. Émile était là, et à partir de ce moment le voyage fut relativement aisé, jusqu’à notre arrivée à son village natal. À l’approche de ce village, nous observâmes que le pays était plus peuplé.
    Routes et pistes étaient les meilleures que nous eussions rencontrées jusqu’ici.


    Notre chemin longeait une vallée fertile que nous remontâmes jusqu’à un plateau. Nous remarquâmes que la vallée se resserrait de plus en plus. À la fin, les parois se rapprochaient de la rivière au point que la vallée ne formait plus qu’un ravin : Vers quatre heures de l’après-midi, nous
    arrivâmes soudain devant une falaise verticale d’une centaine de mètres de hauteur d’où la rivière tombait en cascade. La route conduisait à un endroit plat, au pied de la falaise de grès, près de la cascade. Un tunnel s’ouvrait dans la paroi et montait à quarante-cinq degrés jusqu’au plateau supérieur. On avait taillé des marches dans le tunnel, de sorte que la montée était aisée.


    De grandes dalles de pierre étaient préparées pour boucher le cas échéant l’ouverture inférieure du tunnel et présenter ainsi une barrière formidable à une attaque éventuelle. En arrivant au plateau supérieur, nous
    constatâmes que l’escalier souterrain en constituait le seul accès possible à partir du ravin. Autrefois il y avait eu trois chemins d’accès, mais le rempart extérieur du village avait été construit de manière à en boucher deux. Beaucoup de maisons du village étaient adossées à ce rempart. Elles
    avaient alors généralement trois étages, mais sans ouvertures dans le rempart avant le troisième étage. Chaque ouverture comportait un balcon assez large pour que deux ou trois personnes puissent s’y tenir à l’aise et observer continuellement les environs.


    On nous raconta que le district avait été jadis habité par une tribu indigène qui s’était isolée du monde jusqu’au point de disparaître en tant que tribu. Les rares survivants s’étaient agrégés à d’autres tribus. Tel était le village natal d’Émile et le lieu de rendez-vous des membres de notre expédition, qui s’étaient répartis en petits détachements pour couvrir plus de territoire.


    Une enquête nous révéla que nous étions les premiers arrivants, et que les autres suivaient à vingt-quatre heures.
    On nous assigna pour logement une maison du village adossée au rempart. Les fenêtres du troisième étage avaient vue au midi sur des plissements montagneux. On nous installa confortablement et l’on nous informa que le souper serait servi au rez-de-chaussée. En descendant, nous trouvâmes assis à table la soeur d’Émile, son mari, et leurs deux enfants que nous avions rencontrés au temple, ainsi qu’Émile lui-même.


    À peine avions-nous fini de souper que nous entendîmes du bruit dans le petit square situé en face de la maison. Un villageois vint avertir que l’un des autres détachements venait d’arriver. C’étaient les compagnons de notre chef Thomas. On leur servit à dîner, on les installa pour la nuit
    avec nous, puis nous montâmes tous sur la terrasse du toit. Le soleil était couché, mais le crépuscule durait encore.


    Nous avions vue sur un bassin où affluaient par des gorges profondes des torrents provenant des montagnes environnantes. Ces torrents, se jetaient tous dans a rivière principale juste avant que celle-ci ne se précipitât en cascade par-dessus la falaise de grès déjà décrite. La grande rivière
    émergeait d’un ravin profond et ne parcourait qu’une centaine de mètres sur le plateau avant de se jeter en cascade dans le précipice.


    D’autres petits torrents formaient des cascades de trente à soixante mètres sur les parois verticales qui bordaient la rivière principale. Plusieurs débitaient un fort volume d’eau, d’autres seulement quelques gouttes, d’autres enfin avaient creusé les parois latérales des gorges et y tombaient par une suite de cataractes.
    Bien plus haut dans les montagnes, les ravins contenaient des glaciers qui se projetaient comme des doigts de géant à partir des neiges éternelles qui couvraient toute la chaîne.
    Le rempart extérieur du village rejoignait les parois de la gorge de la rivière principale, puis bordait la rivière jusqu’à la cascade.

    À l’endroit de la jonction avec les parois de la gorge, les montagnes étaient presque verticales sur six cents mètres de hauteur et formaient une barrière naturelle aussi loin que l’oeil pouvait les suivre. Le plateau s’étendait du nord au sud sur une centaine de kilomètres et de l’est à l’ouest sur une cinquantaine.

    En dehors du tunnel incliné, l’unique accès au plateau se trouvait à l’endroit de sa plus grande largeur. Là, un sentier conduisait à un col défendu par un rempart similaire au nôtre.
    Tandis que nous commentions les avantages décisifs de ce dispositif, la soeur et la nièce d’Émile nous rejoignirent.
    Un peu plus tard, son beau-frère et son neveu vinrent aussi.


    Nous remarquâmes chez eux des symptômes d’agitation
    contenue, et la soeur d’Émile ne tarda pas à nous dire qu’elle
    attendait ce soir la visite de sa mère.

    Elle dit : Nous sommes si heureux que nous pouvons à peine nous contenir, tant nous aimons notre mère. Nous aimons tous ceux qui vivent
    dans les sphères de réalisation les plus hautes, car ils sont tous beaux, nobles et secourables. Mais notre mère est si belle, si exquise et adorable, si serviable et aimante, que nous ne pouvons nous empêcher de l’aimer mille fois plus. En outre, nous sommes de sa chair et de son sang. Nous
    savons que vous l’aimerez aussi.
    Nous demandâmes si elle venait souvent : La réponse fut : Oh ! oui, elle vient toujours quand nous avons besoin d’elle. Mais elle est si occupée par son travail dans sa sphère qu’elle vient seulement deux fois par an de son propre chef,et nous sommes au jour d’une de ses visites bisannuelles.
    Cette fois-ci, elle restera une semaine. Nous en sommes si heureux que nous ne savons plus que faire en l’attendant. La conversation s’orienta sur nos expériences depuis notre séparation, et la discussion avait pris un tour animé lorsqu’un silence, soudain s’abattit sur nous. Avant d’avoir pu nous en rendre compte, nous étions tous assis sans mot dire et sans que personne fit une réflexion. Les ombres du soir avaient grandi et la chaîne neigeuse des montagnes lointaines ressemblait à un monstre énorme prêt à lancer ses griffes de glace dans la vallée.

    Puis nous entendîmes un frou-frou né du silence, comme si un oiseau se posait.

    Un brouillard parut se condenser à l’est du parapet. Il prit
    soudainement forme, et voici devant nous une femme
    magnifiquement belle de visage et d’aspect, entourée d’un
    rayonnement lumineux si intense que nous pouvions à peine
    la regarder.
    La famille se précipita vers elle les bras tendus et s’écria d’une seule voix : Maman ! La dame descendit avec légèreté du parapet sur la terrasse du toit et embrassa les membres de sa famille comme toute mère tendre l’aurait fait, puis, on nous présenta.

    Elle dit : Oh ! c’est vous, les chers frères venus de la lointaine Amérique pour nous rendre visite ? Je suis trop heureuse de vous souhaiter la bienvenue dans notre pays. Nos coeurs vont vers tous, et si les hommes voulaient seulement nous laisser faire, il nous semble que
    nous les serrerions tous dans nos bras comme je viens de le
    faire pour ceux que j’appelle les miens. Car en réalité nous
    ne formons qu’une famille, celle des enfants de Dieu le Père.
    Pourquoi ne pouvons-nous pas nous réunir tous comme des
    frères ?

    Remarque : Il est possible que sur cette page, nous ayons des indices géographiques en faisant quelques recherches. S'il est parlé de "notre pays" nous n'avons réellement aucun indice direct.


    Nous venions de remarquer que la soirée devenait très fraîche. Mais quand la dame apparut, le rayonnement de sa présence transforma l’ambiance en celle d’une nuit d’été.
    L’air parut chargé de parfums de fleurs. Une lumière semblable à celle de la pleine lune imprégnait tous les objets, et il régnait une tiédeur rayonnante que je ne parviens pas à décrire. Cependant, aucun geste des Maîtres n’était théâtral. Les manières de ces gens étaient profondément aimables et d’une simplicité enfantine.


    Quelqu’un suggéra de descendre. La Mère et les autres dames passèrent les premières. Nous suivîmes, et les hommes de la maison fermèrent la marche. Tandis que nous descendions l’escalier à la manière habituelle, nous remarquâmes que nos pieds ne faisaient aucun bruit.
    Cependant, nous ne nous efforcions pas au silence. L’un de nous avoua même qu’il avait essayé de faire du bruit, mais sans y parvenir. Il semblait que nos pieds n’entraient en contact ni avec le sol de la terrasse ni avec les marches de l’escalier.


    À l’étage de nos chambres, nous entrâmes dans une pièce
    magnifiquement meublée où nous nous assîmes. Nous
    remarquâmes aussitôt une tiédeur rayonnante, et la pièce
    fut éclairée d’une lumière douce, inexplicable pour nous. Un
    profond silence régna quelque temps, puis la Mère nous
    demanda si nous étions bien installés, si l’on s’occupait de
    nous, et si notre voyage nous satisfaisait.


    La conversation s’engagea sur les choses de la vie ordinaire, avec lesquelles elle parut très familière. Puis la causerie s’orienta sur notre vie de famille. La Mère nous cita les noms de nos parents, frères et soeurs, et nous surprit en nous faisant la description détaillée de nos vies sans nous
    poser, la moindre question. Elle nous indiqua les pays que nous avions visités, les travaux que nous avions accomplis, et les erreurs que nous avions commises. Elle ne parlait pas d’une manière vague qui nous aurait obligés à adapter nos souvenirs.

    Chaque détail ressortait comme si nous revivions les scènes correspondantes.
    Quand nos amis nous eurent souhaité bonne nuit, nous
    ne vîmes qu’exprimer notre émerveillement en songeant
    qu’aucun d’eux n’avait moins de cent ans et que la Mère était
    âgée de sept cents ans, dont six cents passés sur terre dans
    son corps physique. Cependant, ils étaient tous
    enthousiastes et avaient le coeur léger comme à vingt ans,
    sans aucune affectation. Tout se passait comme si nous
    vivions avec des jeunes.
    Avant de se retirer ce soir-là, ils nous avaient prévenus
    qu’il y aurait une nombreuse société à dîner à l’auberge le
    lendemain soir et que nous étions invités.

    Extrait de La vie des maîtres de B. Spalding page 85 à 100

     

     

     

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