• ☼~~☼Chant de la Vallée du Joyau de la Roche Rouge☼~~☼

    Avec au coeur une joie pure, MilaCrépa saisit son habit de coton, et portant une branche de résineux, il entra dans sa cabane. Cinq spectres, roulant des yeux comme des fonds de bol, s'y trouvaient. L'un était installé sur la couche du Jetsün, deux autres l'écoutaient expliquer la Doctrine, un quatrième accommodait de la nourriture, le dernier feuilletait les livres de l'ermite.
    Bouddha - 37 Citations
     
    « Il doit s'agir de créations miraculeuses dues aux divinités locales que j'ai mécontentées. J'étais radieux tout d'abord, mais je me sens en dette maintenant car j'ai vécu ici sans disperser le moindre gâteau sacrificiel. Je n'ai pas, non plus, adressé de compliments à chacun.»
     
    Milarépa pensa qu'il devrait dédier une louange à cet emplacement, et composa un « chant d'éloge au lieu ».
    Ah ! Séjour de l'ermitage solitaire
    Terre qui réjouit les Bouddhas
    Résidence des êtres accomplis
    Contrée où je vis seul
    Forteresse du Garuda
    Vallée du Joyau de la Roche Rouge
    Là-haut, le nuage du Sud tourne et retourne
    En bas, la rivière coule et s'écoule ;
    Entre eux, le vautour légèrement plane.
    Les taillis de fruits sauvages et les grands arbres
    Frémissent et esquissent des pas de danse,
    Les abeilles modulent leur hymne bourdonnant,
    Les fleurs exhalent leur suave senteur,
    Les oiseaux susurrent de mélodieux gazouillis.
    La Vallée du Joyau de la Roche Rouge est ainsi,
    Les oisillons y volent avec aisance ;
    Les petits des singes s'entraînent à la dextérité;
    Et moi Milarépa, je m'entraîne à la vivacité de l'esprit,
    Je m'entraîne à l'agilité des deux Esprits d’Eveil
    Je suis en harmonie avec les maîtres de ce lieu tranquille
    Vous ici, fantômes et démons assemblés,
    Buvez ce nectar d'amour et de compassion
    Et repartez chacun en votre séjour.
    Ainsi, il a chanté.
     
    Toujours mécontents du Jetsün (signifiant "vénérable" ou "révérend", les démons, dans un état effrayant, roulaient des yeux irrités. Deux spectres avaient rejoint les précédents ; ils se fortifiaient mutuellement, grimaçaient ; et certains, menaçants, avançaient. Quelques-uns retroussaient les lèvres, claquaient des dents. D'autres hurlaient de violentes paroles et s'esclaffaient. Tous se roulaient à terre, échangeaient des coups, adoptaient des postures insultantes.
     
    Milarépa réfléchit, médita sur le mal causé par ces êtres non humains.
     
    Bien qu'il ait murmuré une incantation extrêmement puissante, dans l'attitude et avec le regard de la colère, ils ne partirent pas. Une grande compassion naquit alors en son coeur et il leur expliqua le Dharma, mais les démons ne souhaitèrent toujours pas partir.
     
    Milarépa pensa : « Marpa du Lhobrag m'ayant démontré que la totalité des conceptions naissait en l'esprit, mon propre esprit alors s'est soumis au Vide lumineux. Après avoir réalisé leur appartenance au monde extérieur, je n'aurais aucune raison de me réjouir si spectres et génies malfaisants s'en allaient. » Une confiance sans appréhension du monde tel qu'il est lui étant devenue évidente, il dit ce chant de brave assurance.
     
    Je me prosterne aux pieds de Marpa le Traducteur,
    Le père conquérant de l'armée des quatre démons De Milarépa je ne parlerai pas,
    Mais de moi, fils de la blanche lionne des neiges
    Depuis le flanc de ma mère je perfectionnais les trois maîtrises.
    Enfant je dormais dans la tanière,
    Adolescent j'en ai gardé les portes,
    A l'âge adulte j'ai déambulé sur les hauteurs glacées.
    Je ne frémis pas, bien que la tempête tourbillonne,
    Et de la profondeur des précipices, je ne suis pas effrayé.
    De Milarépa je ne parierai pas,
    Mais de moi, fils de l'oiseau royal, du Garuda.
     
    Depuis l'intérieur de l'oeuf j'ai déployé mes longues ailes.
    Enfant je dormais dans le nid,
    Adolescent j'en ai gardé le seuil,
    A l'âge adulte, le grand Garuda a fendu les hauteurs du ciel.
    Je ne frémis pas, bien que l'azur soit immense,
    Et du relief acéré de l'étroite vallée, je ne suis pas effrayé.
    De Milarépa je ne parlerai pas,
    Mais de moi, fils du noble poisson Yormo.
     
    Dans les entrailles de ma mère je tournais et retournais mes yeux d'or.
    Enfant je dormais à l'abri,
    Adolescent je guidais le banc du menu fretin,
    A l'âge adulte, le grand poisson évoluait aux limites du lac.
    Je ne frémis pas, bien que les vagues soient puissantes,
    Et des filets ou hameçons innombrables, je ne suis pas effrayé.
    De Milarépa je ne parlerai pas
    Mais de moi, fils du Lama Kagyüd.
     
    Dès le sein de ma mère ma conviction est née.
    Enfant j'ai franchi la porte du Dharma,
    Adolescent j'ai étudié,
    A l'âge d'homme, l'anachorète a erré de par les ermitages.
    Je ne frémis pas, bien que les démons soient rusés et féroces,
    Par leurs multiples prodiges, je ne suis pas effrayé.
    Le lion n'a pas froid aux pattes assis dans les montagnes.
    Si les pattes du lion gelaient dans les neiges éternelles
    A quoi lui servirait la perfection des trois puissances ?
     
    Le Garuda ne peut tomber dans son vol vers le ciel.
    Si le grand Garuda, du ciel devait choir,
    Il lui serait de peu de sens de déployer ses longues ailes.
    Le poisson ne suffoque pas en frétillant dans l'eau.
    Si le grand poisson devait être par l'eau étouffé,
    Il lui serait de peu de sens d'être né dans le lac.
    Le bloc de fer ne peut être brisé par une pierre.
    Si le fer devait éclater,
    Quelle absurdité de l'avoir forgé
    Moi Milarépa ne suis pas effrayé par les spectres.
    Si Milarépa avait peur des démons,
    La connaissance de la non-existence des phénomènes lui serait de peu de sens.
    Vous, assemblée des démons, fantômes et génies malfaisants,
    Votre arrivée est plaisante aujourd'hui,
    Ne vous pressez pas !
    Restez ici toujours, tranquillement,
    Je vous réciterai avec exactitude les Paroles du Bouddha.
    Quoi qu'il en soit, restez ce soir malgré votre hâte
    Nous observerons la différence des conceptions blanches ou noires
    En rivalisant d'agilité avec le corps, la parole et l'esprit.
    Si vous repartiez cette fois sans m'avoir infligé vos obstacles
    Vous ne pourriez répondre de la honte d'être venus.
    Ainsi, il a chanté.
     
    Alors, la fierté de la déité tutélaire se manifesta, et Milarépa se rua sans cérémonie sur les spectres. Ceux-ci, oppressés, pris de peur panique, les yeux révulsés d'angoisse, le corps tremblant au point de faire trembler la grotte, levèrent à la hâte un tourbillon de vent dans lequel ils s'absorbèrent tous en un, pour disparaître, annihilés. Le Jetsün se dit : « C'était le roi des esprits malfaisants créateurs d'obstacles, Binayaka, cherchant une occasion. Cette tourmente aussi, lorsque je suis sorti, était un de ses tours de magie. Grâce à la bonté du Lama, il n'a pas trouvé sa chance. »
    Bouddha - 37 Citations
     
    Milarépa retira de cette expérience un profit inconcevable. L'occasion lui en avait été donnée par Binayaka, roi des démons.
    Cette histoire recèle trois caractéristiques pour une seule signification. On l'appelle : « Chant de Mila qui ramasse du bois », ou bien : « Chant de la Vallée du Joyau de la Roche Rouge », ou encore : « Chant des six souvenirs du Lama ».
    Merci aux bienveillants Transmetteurs.
    ©Colinearcenciel/Karma Samten Tcheu Dreun
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