• LE TUBA

    Missa Solemnis Benedictus

     

    Ludwig van Beethoven connaît deux grandes périodes créatrices : celle qui s'étend de 1802 à 1812 et celle qui va de 1816 jusqu'à sa mort.

     

     

    Ces deux périodes offrent des oeuvres de style différent bien que ce soit le même musicien qui les ait composé.

    Le sens réel de la première période beethovenienne (1802-1812) reste un mystère pour un certain nombre de gens. Tous ceux qui admiraient l'oeuvre du Maître et qui le connaissaient, une oreille pour entendre et un coeur pour sentir, saisissaient le message proclamé au monde avec une inégalable puissance : "Voici l'homme face à son Destin ! L'homme doit être fier et triomphera finalement  en dépit de tout ! Il choisira entre Dieu et Satan !  Son âme est un champ de bataille où se livre le combat éternel entre le bien et le mal, la vérité et le mensonge, l'honneur et l'infamie, et c'est sur le champ de bataille seulement que le destin décide entre la lumière et l'obscurité !".

    Mais ce que proclama le second Beethoven ne fut entendu que de quelques uns.

    Une âme humaine qui s'élève jusqu'à une région où sa lutte avec le destin n'a plus aucune signification parce que le plan sur lequel elle se livrait est de beaucoup dépassé, cela est, peut-on dire, plus sublime encore.  Car c'est une élévation jusqu'au coeur même de la vérité éternelle, une élévation jusqu'à ces sommets où Dieu et Satan, le bien et le mal, la vérité et le mensonge, l'honneur et l'infamie, ne sont plus des antithèses parce que éclairé par la lumière de l'Etre unique et indivisible, vers lequel nous aspirons tous de notre désir le plus intime et que tous nous considérons, chacun selon nos vues personnelles, comme la fin et le but suprême de notre vie.

    L'élévation de l'âme, voilà réellement le thème des dernières oeuvres de Beethoven.  C'est celui de la Missa Solemnis, des sonates pour piano et des quatuors composés à cette époque, des variations de Diabelli, et, par dessus tout, celui de la Neuvième symphonie.

     

     


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    MISSA SOLEMNIS BENEDICTUS de LUDWIG VAN BEETHOVEN

     

     

    «Ce sourd entendait l'infini". [...]

    Il a été un grand musicien, le plus grand des musiciens, grâce à cette transparence de la surdité.

    L'infirmité de Beethoven ressemble à une trahison; elle l'avait pris à l'endroit même où il semble qu'elle pouvait tuer son génie, et, chose admirable, elle avait vaincu l'organe sans atteindre la faculté. Beethoven est une magnifique preuve de l'âme.

    MISSA SOLEMNIS de LUDWIG VAN BEETHOVEN

     

    Si jamais l'inadhérence de l'âme et du corps a éclaté, c'est dans Beethoven. Corps paralysé, âme envolée. Ah! vous doutez de l'âme? Eh bien, écoutez Beethoven.

    Cette musique est le rayonnement d'un sourd. Est-ce le corps qui l'a faite?

    Cet être qui ne perçoit pas la parole engendre le chant.

    Son âme, hors de lui, se fait musique. [...] Les symphonies de Beethoven sont des voix ajoutées à l'homme. Cette étrange musique est une dilatation de l'âme dans l'inexprimable. L'oiseau bleu y chante ; l'oiseau noir aussi.» Victor Hugo

    Ludwig van Beethoven Missa solemnis in D-Dur op. 123
    NDR Sinfonieorchester conducted by John Eliot Gardiner
    1.Kyrie
    2.Gloria
    3.Credo
    4.Sanctus
    5.Agnus Dei 

     


                     

     

    M

    I

    S

    S

    A      S O L E M N I S            

    La Missa solemnis était considérée par Beethoven comme « sa meilleure œuvre, son plus grand ouvrage ».

    La Messe solennelle en ré majeur opus 123  ou Missa solemnis, fut composée entre 1818 et 1823, publiée en avril 1827 et dédiée à son élève l'archiduc Rodolphe. Rodolphe d'Autriche (né Rudolf Johannes Joseph Rainier von Habsbourg-Lotharingen), né le 8 janvier 1788 à Pise 23 juillet 1831 à Baden archiduc et cardinal autrichien, il est le fils cadet de l'empereur Léopold II du Saint-Empire et de Marie-Louise de Bourbon. 

    MISSA SOLEMNIS BENEDICTUS de LUDWIG VAN BEETHOVEN

    Pièce majeure du répertoire sacré  en bonne place aux côtés de la Messe en si mineur de Bach et du Requiem de Mozart, elle est l'œuvre la plus longue de Beethoven et assurément celle qui lui a réclamé le plus de travail. Il s'agit de sa troisième œuvre vocale à caractère sacré, après l'Oratorio,  Le Christ au Mont des Oliviers (1801) et la Messe en ut Majeur (1807). 

    On peut sans doute y adjoindre des œuvres à caractère spirituel et ontologique comme le finale de la IXème symphonie ou le Dankgesang du 15ème Quatuor et celles où apparaît le mythe prométhéen (Les Créatures de Prométhée et la troisième symphonie.

    Les cinq années qui suivent 1812, année où il composa la Septième et la Huitième symphonies, sont les plus éprouvantes de la vie de Beethoven.

    Tandis que sa surdité  devient totale, il doit faire face à une accumulation de soucis familiaux (décès de son frère Kaspar-Karl en 1815,  série de procès contre sa belle-sœur pour obtenir la tutelle exclusive de son neveu Karl), matériels (isolement, pauvreté grandissante) mais aussi professionnels (perte progressive de la faveur du public viennois) qui se traduisent par un ralentissement considérable de son activité créatrice.

    Entre 1816 et 1817,  le musicien tombe gravement malade et semble proche du suicide. Mais ses forces reviennent vers la fin de 1817,  tandis qu'il commence le travail pour la sonate Hammerklavier. Beethoven avait toujours été croyant sans être un pratiquant assidu, mais une des caractéristiques du musicien dans sa dernière période créatrice est de s'être tourné vers la spiritualité, comme en témoignent les nombreuses citations d'ordre religieux qu'il recopia dans ses cahiers à partir de 1817 :

    « Je veux donc m'abandonner patiemment à toutes les vicissitudes et placer mon entière confiance uniquement en ton immuable bonté, ô Dieu ! Tienne, immuablement tienne doit se réjouir d'être oui mon âme. Sois mon rocher, ô Dieu, sois ma lumière, sois éternellement mon assurance ! » (Christian Sturm, recopié par Beethoven, 1818).

    Au mois de mai 1818, Vincez Hauschka  est chargé par la Gesellschaft der Musikfreunde de Vienne de demander à son ami Beethoven de composer un oratorio sur un sujet héroïque. Beethoven accepte et, peu après son arrivée à Mödling  où il poursuit sa convalescence, il lui écrit :

    « Je n'ai pas de sujet autre que religieux, mais si vous en voulez un héroïque, je n'y vois pas d'inconvénient. Toutefois je crois que, pour un tel concours de peuple, il y aurait lieu d'y mêler un peu de sacré. »

     Beethoven, lettre à Vincenz Hauschka, Mödling, début de juin 1818


    C'est alors que Beethoven apprend que son élève et ami l'Archiduc Rodolphe  est élevé au rang d'archevêque d'Olmütz par le consistoire du 4 juin 1818. Il se propose d'écrire une grande œuvre religieuse pour la cérémonie d'intronisation prévue le 9 mars 1820, comme l'atteste une lettre écrite un an plus tard :

    A Rodolphe d'Autriche, il écrit en début juin 1819  :

     

    « Le jour où la Grand-Messe composée par moi sera exécutée durant les cérémonies célébrant Votre Altesse Impériale sera pour moi le plus glorieux de ma vie, et Dieu m'inspirera de sorte que mon faible talent contribuera à donner plus de lustre à cette solennité. »

    Beethoven se met immédiatement au travail. Dans les carnets de l'été 1818 à Mödling, Beethoven note: « Pour écrire de la vraie musique d'église, parcourir tous les chorals d'église des moines, etc., chercher quelque part comment sont les versets dans les traductions les plus exactes, avec la prosodie complète, principalement de tous les psaumes et chants chrétiens-catholiques ». Et il passe en effet du temps dans la bibliothèque de l'archiduc (aujourd'hui Rudolfinum et propriété du Conservatoire de Vienne) à lire les motets de Palestrina et les livres d'offices grégoriens. Mais, plutôt que d'écrire dans le style du plain-chant, il s'inspire surtout du Messie de Haendel dont il recopie les thèmes dans les esquisses de la Missa solemnis.

    Beethoven fait état à plusieurs reprises de l'avancement de son travail : Beethoven, lettre à l'Archiduc Rodolphe, Mödling, le 31 août 1819. 

    « [...] je ne me sens pas du tout bien, et de nouveau depuis quelque temps je dois prendre des médicaments. C'est peine si je peux quelques heures par jour me consacrer à ce don le plus précieux du Ciel: mon art et les Muses. J'espère cependant être en état de compléter la Messe et en temps voulu, de manière que si notre accord tient toujours, elle pourra être exécutée le 19 mars 1820. Je serais vraiment au désespoir si mon mauvais état de santé devait m'empêcher d'être prêt ce jour-là. Mais j'ai bon espoir que mes souhaits les plus chers pour que ce but soit atteint se réaliseront. »

     


     
    Beethoven travaillant à la Missa solemnis, portrait de Joseph Karl Stieler, écrivit en 1820

    « [...] j'ai presque terminé une autre Grand-Messe. »

           Beethoven, extrait d'une lettre à Ferdinand Ries, Vienne, le 10 novembre 1819. 

    « Quant à la Messe qui sera bientôt exécuté, les honoraires sont de 125 louis d'or — Il s'agit d'une grande œuvre — Mais pour celle-ci je vous prie de me faire avoir une réponse dans quelques semaines au maximum car, autrement, étant obligé de la donner en retard à d'autres éditeurs, j'y perdrais. »

            Beethoven, extrait d'une lettre à l'éditeur Peter-Joseph Simrock, Vienne, le 10 février 1820. 

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    « Finalement la Messe vous sera remise à Francfort très certainement le mois prochain, disons à la fin de juin. Le cardinal Rodolphe, qui est en général très entiché de mes compositions, bien que jusqu'à présent je n'aie pas connaissance de sa générosité, n'a pas voulu que la Messe fût publiée plus tôt, et c'est depuis trois jours seulement qu'il ma renvoyé la partition et les parties, afin que je ne puisse être lésé par mon éditeur, selon l'expression de Son Altesse. En même temps Son Altesse me demandait que l'œuvre lui soit dédiée. Je suis en train de faire copier une seconde fois la partition pour mon propre usage et la révise avec soin. Dans mon pénible état de santé, tout cela marche plutôt lentement — C'est au plus à la fin du mois prochain que la Messe arrivera à Francfort »

                Beethoven, lettre à Franz Brentano, Vienne, le 19 mai 1822. 

     
    Manuscrit de la Missa solemnis

    Les proportions monumentales que prend la Missa Solemnis lui réclament finalement près de cinq années de travail acharné et, comme le font remarquer Jean et Brigitte Massin, la composition est étrangement liée à ses villégiatures d'été2 :

    Mödling 1818: ébauche du Kyrie (à la fin de l'année le Kyrie est en bonne voie

    Mödling 1819: achèvement du Kyrie, composition du Gloria et ébauche du Credo

    Mödling 1820: achèvement du Credo, composition du Sanctus et du Benedictus

    Vienne 1821: début de la composition de l'Agnus Dei

    Döblin 1822: composition du Dona nobis pacem et achèvement de la Missa solemnis" fin 1822

    Durant cette période, Beethoven compose également les quatre dernières sonates pour piano. Ce n'est finalement que le 19 mars 1823 que Beethoven envoie la partition à l'archiduc, c'est-à-dire bien après l'intronisation du cardinal qui eut lieu finalement le 20 mars 1820. 

    Après l'avoir promise à cinq éditeurs, Beethoven ne publie pas encore la messe et conçoit alors d'obtenir la souscription pour 50 ducats minimum de toutes les grandes cours et de toutes les hautes personnalités de l'Europe. Le projet ne rapporta à peu près rien: à peine dix exemplaires souscrits. Quoi qu'il en soit, Beethoven n'a écrit la Missa solemnis ni pour exalter l'archiduc Rodolphe, ni pour gagner de l'argent mais plutôt parce qu'il éprouvait le besoin de traiter un sujet spirituel (cf. supra la lettre à Hauschka). Et nous devons le croire quand il écrit à Streicher:

    « J'accède volontiers, mon cher ami, à votre désir de fournir les parties de chant de ma dernière Grand-Messe avec son arrangement pour orgue ou pour piano aux différentes sociétés de chant notamment parce que ces sociétés, dans les solennités publique mais surtout religieuses, peuvent être d'une efficacité extraordinaire et que mon but capital en composant cette Grand-Messe était de susciter et d'instiller en permanence des sentiments religieux aussi bien chez les chanteurs que chez les auditeurs. »

                   Beethoven, lettre à Johann Andreas Streicher, Vienne, 16 septembre 1824. 

     
    L'ancien Theater am Kärntnertor dessiné par Carl Wenzel Zajicek

    La première audition complète de la Missa solemnis a lieu à Saint-Pétersbourg le 18 avril 1824, le tsar et le prince Galitzine avaient en effet souscrit....

    MISSA SOLEMNIS BENEDICTUS de LUDWIG VAN BEETHOVEN

     

    Manuscrit, écrit de Ludwig van Beethoven concernant  la Missa Solemnis et la Neuvième Symphonie dont il est le compositeur

     

     


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    M I S S A   S O L E M N I S

    MISSA SOLEMNIS  CREDO LUDWIG VAN BEETHOVEN

    Beethoven en 1818 à l'époque des premiers travaux pour la Missa Solemnis 

     Portrait de Jaeger

     

     

    La Messe solennelle en ré majeur fut dédiée à son élève l'archiduc rodolphe qui va être élevé au rang d'archevévêque d'Olmütz le 4 juin 1818 et dont la cérémonie se passera le 9 mars 1820.

    Cette oeuvre trouve sa place dans le répertoire sacré au côté de la Messe en si mineur de Jean Sébastien BACH. Elle fut composée entre 1818 et 1823 et publiée en 1827. Dans ce répertoire sacré, cette messe est l'oeuvre la plus longue de Beethoven et qui lui a demandé le plus de travail. N'oublions pas son Oratorio Le Christ au Mont des Oliviers en 1801 et la Messe en ut majeur en 1807. Beethoven lui-même considérait la Missa Solemnis comme son plus grand ouvrage et sa meilleure oeuvre.

    En 1816, Beethoven tombe malade gravement au point qu'il songe même à se suicider. Il entre en convalescence vers la fin de 1817 et commence la sonate "Hammerklavier". 

    Le musicien de génie, a toujours eu la foi sans être pratiquant et dans sa dernière période créatrice, ses citations démontrent sa haute spiritualité. Voici ce qu'il écrit à cette période :"Je veux donc m'abandonner patiemment à toutes les vicissitudes et placer mon entière confiance en ton immuable bonté ô Dieu ! Tienne, immuablement tienne doit se réjouir d'être oui mon âme. Sois mon rocher, ô Dieu, sois ma lumière, sois éternellement mon assurance !".

    Il écrit de ses nouvelles à l'archiduc : "Je ne me sens pas du tout bien et de nouveau depuis quelques temps, je dois prendre des médicaments. C'est à peine si je peux quelques heures par jour me consacrer à ce don le plus précieux du Ciel : mon art et les Muses. J'espère cependant être en état de compléter la Messe et en temps voulu, de manière que si notre accord tient toujours, elle pourra être exécutée le 19 mars 1820. Je serai vraiment au désespoir si mon mauvais état de santé devait m'empêcher d'être prêt ce jour-là. Mais j'ai bon espoir que mes souhaits les plus cher pour que ce but soit atteint se réaliseront." Lettre du 31 août 1819.

     

    "Quant à la Messe qui sera bientôt exécutée, les honoraires sont de 125 louis d'or - Il s'agit d'une grande oeuvre. Mais pour celle-ci, je vous prie de me faire avoir une réponse dans quelques semaines au maximum car, autrement, étant obligé de la donner en retard à d'autres éditeur, j'y perdrais". Lettre du 10 février 1820 de Beethoven à l'éditeur Peter Joseph Simrock, Vienne.

     

    "Finalement la Messe vous sera remise à Francfort très certainement le mois prochain, disons à la fin de juin. Le cardinal, qui est en général très entiché de mes compositions, bien que jusqu'à présent je n'aie pas connaissance de sa générosité, n'a pas voulu que la Messe fût publiée plus tôt et c'est depuis trois jours seulement qu'il m'a renvoyé la partition et les parties, afin que je ne puisse être lésé par mon éditeur, selon l'expression de Son Altesse. En même temps Son Altesse me demandait que l'oeuvre lui soit dédiée. Je suis en train de copier une seconde fois la partition pour mon propre usage et la révise avec soin. Dans mon pénible état de santé, tout cela marche plutôt lentement. C'est au plus à la fin du mois prochain que la Messe arrivera à Francfort". Lettre à Franz Brentano, Vienne 19 mai 1822.    


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