• 25. Le pouvoir des Maîtres canalisés dans une petite fille guérissant une aveugle

     

     

     

    Le capitaine nous fit force excuses, disant avoir la certitude que nous étions ligués avec l’Être Suprême. Il nous escorta avec cinq soldats jusqu’à notre résidence. En nous quittant, ceux-ci exécutèrent un salut en demi-cercle autour du capitaine, en présentant les pointes de leurs sabres de manière à ce qu’elles touchent la pointe du sien.

     

    Puis se retournant vivement ils retirèrent leur coiffure et, s’inclinant très bas pour un salam, mirent un genou en terre. Ce genre de salut n’est exécuté qu’à l’occasion de grandes affaires d’État. Nous y répondîmes de notre mieux, et ils s’en allèrent. Nous entrâmes dans la maison, prîmes aussitôt congé de notre hôte et de nos amis, et nous préparâmes à rejoindre notre tente.

     

    Nous étions si nombreux qu’il n’y avait pas place pour tout le monde à l’auberge. Nous avions donc dressé le camp dans l’enclos situé derrière elle et nous étions très confortablement installés.

     

    En arrivant à nos tentes, Raymond s’assit sur un lit de camp et dit : Bien que je sois absolument mort de fatigue, il est complètement inutile que j’aille me coucher avant d’avoir un peu éclairci cette affaire. Je vous préviens que j’ai l’intention de rester assis comme cela toute la nuit, à moins de recevoir quelque illumination, car je n’ai pas besoin de vous dire que cette affaire m’a touché plus profondément qu’à fleur de peau. Quant à vous autres qui êtes assis là en rond sans mot dire ; vous avez l’air aussi intelligents que des chouettes. Nous répondîmes qu’il en savait aussi long que nous, car nous n’avions jamais rien vu d’approchant. Quelqu’un suggéra qu’il s’agissait d’une mise en scène spécialement préparée pour nous. Raymond faillit lui sauter à la figure : Mise en scène ! Eh bien, la troupe capable d’une mise en scène pareille se ferait payer n’importe où un million par semaine. Quant au gouverneur, je veux être pendu s’il jouait la comédie. Le vieux bonze était terrifié jusqu’aux mœlles. J’avoue d’ailleurs avoir eu aussi peur que lui pendant quelques instants. Mais j’ai comme une vague arrière-pensée qu’il avait mis en scène pour nous une tout autre réception couleur rouge sang. Son accès de rage ne visait pas Bagget Irand seul. Quand les soldats se sont rués dans la salle, leurs clameurs ressemblaient trop à des cris de triomphe. Sauf erreur de ma part, le vieux jouait un scénario bien plus profond que nous ne le supposions. J’ai idée qu’il a cru un moment que Bouddha était venu pour l’aider. En effet, quand ils ont vu toute l’affaire tourner contre eux, ils se sont complètement effondrés. En y pensant, je me rappelle même qu’ils ont lâché leurs sabres. Et puis, que dites-vous de la force de Bouddha ? Voyez comme il a jeté ses paroles à la face du vieux gouverneur. Il paraissait plus puissant que Jésus, mais à la fin, c’est son côté qui eut besoin de soutien, car en l’espèce le parti chrétien dominait la situation. Ne trouvez-vous pas que le gouverneur a reçu un bon coup d’éperon ? Je parierais qu’il doit avoir en ce moment l’impression d’être soulevé par-dessus une barricade par ses lacets de soulier.

     

    Quand Bouddha lui a pris les mains, j’ai eu l’impression que le corps astral du vieux abandonnait son corps physique. Si, je ne me trompe, nous entendrons pas mal parler de lui avant demain, et je vais jusqu’à prétendre que ce sera en bien, car il est une puissance dans le pays. Si les événements d’hier lui ont apporté la même illumination merveilleuse qu’à moi je ne détesterais pas de chausser ses bottes. Nous continuâmes de commenter les événements de la soirée, et le temps passa si vite que nous fûmes tout à coup surpris par l’aurore. Raymond se leva, s’étira, et dit : Qui a sommeil. ? En tout cas pas moi, après tout ce que nous venons de dire. Nous nous étendîmes donc tout habillés pour nous reposer une heure avant le repas du matin. (voir les faits vécu dans la page précédente) 

    2.13.Visites à la maison neuve. - Visite aux lamas

    Le lendemain au réveil, Raymond fut le premier debout. Il se dépêcha de faire sa toilette, tel un écolier impatient. Quand il eut terminé, il resta debout à presser tout le monde. Finalement nous entrâmes tous dans là salle à manger où nous trouvâmes Émile et Jast. Raymond s’assit entre eux deux et posa des questions pendant tout le repas. À peine eûmes-nous de manger qu’il se leva. Il voulait se précipiter pour revoir la maison « qui avait poussé en un quart d’heure ».

     

    Posant ses mains sur les épaules de Jast, il dit que s’il pouvait avoir deux aides comme Émile et Marie, il s’amuserait à se promener partout en faisant pousser des maisons pour les pauvres gens. Puis il ajouta : Mais je crois que les grands propriétaires fonciers de New York en tomberaient malades, car ils vivent de leurs loyers. Émile objecta : Et s’ils voulaient vous en empêcher ? Eh bien ! dit Raymond, je le ferais quand même. Une fois les maisons poussées, si les propriétaires ne voulaient pas s’en servir, je les attraperais de force, les mettrais dedans, et les enchaînerais. Tout cela nous fit rire de bon cœur, car nous avions toujours considéré Raymond comme un homme tranquille et réservé. Il nous dit plus tard avoir été tellement bouleversé qu’il ne pouvait plus se retenir de poser des questions. Il assura que cette expédition était de loin la plus passionnante de toute sa vie, bien qu’il fût un habitué des voyages en pays lointain. Il résolut alors de nous aider à organiser une deuxième expédition pour continuer les fouilles d’après les directives de nos amis. Ce projet n’eut malheureusement pas de suite, car Raymond décéda subitement l’année suivante.

     

    Nous eûmes toutes les peines du monde à l’empêcher de se rendre immédiatement à la petite maison. Cela finit par un compromis selon lequel Jast et l’un des autres l’accompagneraient jusqu’à un endroit où ils auraient vue sur elle. Ils revinrent de leur promenade au bout d’une demi-heure. Raymond jubilait. Il avait aperçu la petite maison, et elle était réelle. Elle lui avait remémoré une de ses visions d’enfance dans laquelle il s’était vu en promenade avec des fées, construisant des maisons pour les pauvres gens et les rendant heureux.

     


    Émile nous informa qu’il y aurait le soir une réunion similaire à celle à laquelle nous avions assisté l’année précédente à son village natal. Il nous invita tous à y venir, ce que nous acceptâmes avec un vif plaisir. Nous étions si nombreux qu’il parut préférable de ne pas aller tous ensemble examiner la petite maison. Nous prîmes donc des dispositions pour y aller par groupes de cinq ou six. Le premier groupe comprenait Émile, Raymond, une ou deux dames, et moi-même. Nous passâmes devant la maison où demeurait Marie qui se joignit à nous ainsi que notre hôtesse.

     

    Quand nous arrivâmes en vue de la maison, la fillette courut à notre rencontre et se jeta dans les bras de Marie, disant que son frère était bien portant et vigoureux. Aux approches de la maison, la maman sortit, tomba à genoux devant Marie, et commença par lui dire combien elle l’adorait. Marie étendit la main pour la relever et lui dit : Il ne faut pas t’agenouiller devant moi. J’aurais fait pour quiconque ce que j’ai fait pour toi Ce n’est pas moi qui mérite louange pour la bénédiction que tu as reçue. C’est le Grand Être. Le garçonnet ouvrit la porte, et sa maman nous invita à entrer. Nous suivîmes les dames, avec notre hôtesse pour interprète. Il n’y avait pas de question, la maison était là, avec ses quatre chambres très confortables. Elle était entourée de trois côtés par des cabanes absolument misérables. Nous fûmes informés que les occupants de ces cabanes se préparaient à émigrer, convaincus que le diable avait bâti cette maison et les tuerait s’ils continuaient à vivre dans le voisinage. Nous eûmes bientôt des nouvelles du gouverneur.

     

    Vers onze heures du matin il envoya le capitaine et un groupe de soldats pour nous inviter tous à déjeuner avec lui à deux heures le même jour. Nous acceptâmes. Un garde nous attendait à l’heure convenue pour nous escorter jusqu’à la maison du gouverneur. Le lecteur comprendra que les beaux équipages n’existaient pas dans ce pays. Nous utilisâmes donc le seul mode de locomotion en usage, la marche à pied. En arrivant à la maison du gouverneur, nous vîmes qu’un grand nombre de lamas du monastère voisin nous avaient précédés avec leur grand prêtre. Nous apprîmes que ce monastère abritait quinze cents à dix-huit cents lamas et qu’il était fort important. Le gouverneur faisait partie du grand conseil des prêtres de cette communauté.

     

    Nous nous attendions à des commentaires animés, mais ne tardâmes pas à découvrir que le déjeuner avait pour but d’établir un contact entre les lamas et les membres de notre expédition. Nos amis les Maîtres connaissaient le grand prêtre depuis longtemps pour l’avoir souvent rencontré et avoir travaillé avec lui.

     

    Jusqu’au matin même, le gouverneur paraissait avoir ignoré ces relations. En effet, le grand prêtre avait été absent du monastère pendant trois ans et n’était de retour que depuis la veille de notre arrivée. Pendant le repas, nous pûmes nous rendre compte que les lamas étaient bien élevés, avaient de larges vues sur la vie, avaient beaucoup voyagé, et que deux d’entre eux avaient même passé un an en Angleterre et aux États-Unis. Le gouverneur leur avait relaté les événements de la veille. Bien avant la fin du repas, l’atmosphère était devenue très cordiale. Nous trouvâmes le gouverneur fort sympathique. Il ne fit allusion à la soirée de la veille que pour dire qu’il en était sorti grandement illuminé. Il avoua franchement avoir été extrêmement xénophobe jusque-là.

     

    Nous fûmes obligés d’avoir recours à des interprètes, ce qui n’est guère satisfaisant quand on désire aller au fond de la pensée d’un interlocuteur. Avant le départ nous fûmes cordialement invités pour le lendemain à visiter le monastère et à y être les hôtes des Lamas.

     

    Émile nous conseilla d’accepter, et nous passâmes avec eux une journée très agréable et instructive. Le grand lama était un, homme remarquable. Il se lia ce jour-là avec Thomas d’une amitié qui mûrit ensuite jusqu’à devenir une compréhension étroite et fraternelle qui dura toute leur vie. Le grand lama nous apporta une aide inappréciable au cours de nos voyages subséquents dans la région.
     

    2.14.Guérison d’une vieille aveugle par la fillette. – Le Grand Prêtre reçoit le don des langues. – Son allocution. - Son pouvoir sur la matière

    Nous apprîmes bientôt le motif de la visite des Maîtres au désert. Ils voulaient nous faire assister à une grande réunion d’indigènes qu’ils avaient organisée à la demande expresse du grand lama. Juste avant l’heure de la réunion, Émile, Marie et moi allâmes à la maison où le garçonnet avait été guéri. Nous voulions voir sa maman et sa sœur, car elles avaient demandé à nous accompagner. Entre leur nouvelle maison et le lieu de réunion, nous passâmes devant un grand nombre de huttes de boue délabrées. La fillette s’arrêta devant l’une d’elles, disant qu’une femme aveugle y habitait. Elle demanda à Émile la permission d’y entrer et d’emmener l’aveugle à la réunion si elle le désirait. Émile ayant acquiescé, la fillette ouvrit la porte et entra dans la hutte tandis que nous attendions à l’extérieur. Quelques instants plus tard, elle réapparut en disant que la femme avait peur et demandait à Émile de venir jusqu’à elle. Celui-ci s’approcha de la porte et au bout d’un instant de conversation entra dans la hutte avec la fillette.

     

    Marie dit : Cette fillette sera une grande bienfaitrice parmi ces gens, car elle possède le pouvoir et la détermination d’exécuter ce qu’elle entreprend. Nous avons décidé de la laisser mener cette affaire à sa guise. Cependant nous la conseillerons et l’aiderons en nous inspirant des idées qui auront le plus de chances d’augmenter sa confiance en elle-même. Nous allons voir la méthode qu’elle emploiera pour inciter cette femme à venir à la réunion. La crainte que ces braves gens éprouvent à notre égard est inimaginable.

     

    Beaucoup d’entre eux s’éloignent de la maison de la fillette au lieu de nous assaillir en vue d’obtenir des maisons semblables. Telle est la raison qui nous, oblige à tant de doigté pour ne pas heurter leurs sentiments. Tandis que nous souhaitons les élever au-dessus de leur entourage comme nous l’avons fait pour cette brave fillette, ils s’enfuient loin de nous dès que nous faisons mine d’approcher.

     

    Je demandai à Marie comment elle avait pu aider de la sorte la fillette et ses parents. Elle répondit : Eh bien, ce fut grâce à l’attitude de la fillette. C’est à travers elle que nous avons pu aider toute sa famille. Elle est l’organe d’équilibre de son groupe. C’est par elle que nous allons atteindre cette chère âme et beaucoup d’autres gens ici.

     

    Puis Marie montra du geste les huttes environnantes et dit : Voilà les gens que nous aimons à rapprocher de nos cœurs. La nouvelle maisonnette n’a pas été créée en vain. Émile et la fillette réapparurent, disant que l’aveugle demandait à la fillette de l’attendre et que toutes deux allaient nous rejoindre de suite. Nous continuâmes donc notre chemin en laissant la fillette avec l’aveugle. Quand nous arrivâmes au lieu de réunion, le public était presque au complet. Nous apprîmes que le grand, prêtre du monastère allait être le principal orateur de la soirée.(Rappellons qu'Emile est un maître).

     

    Émile avait rencontré ce lama dix-huit mois plus tôt et s’était tout de suite lié avec lui d’une chaude amitié. Le gouverneur était la plus haute autorité après le lama. Émile dit que ces deux hommes allaient devenir amis intimes des Maîtres à dater de ce jour.

     

    Il était rare que les Maîtres eussent l’occasion d’entrer en contact spirituel avec d’aussi hautes autorités. Ils se contentaient en général de laisser les événements progresser à leur allure naturelle. Nos amis nous dirent que le soir précédent avait marqué la troisième occasion où Jésus et Bouddha étaient apparus pour les aider visiblement. Ils étaient heureux que nous ayons pu en être témoins. Ils ne considéraient pas cette affaire comme un triomphe additionnel, mais comme une occasion leur permettant de coopérer avec les gens de la région. Sur ces entrefaites, la fillette entra dans la salle de réunion, conduisant la femme aveugle. Elle l’installa sur un siège un peu en arrière et de côté. Une fois la femme assise, la fillette se mit debout en face d’elle, lui prit les deux mains, et peu après se pencha comme pour lui parler à voix basse.

     

    Puis elle se redressa et posa ses menottes sur les yeux de l’aveugle où elle les laissa quelques instants. Ce mouvement parut attirer l’attention de toute l’assemblée, à commencer par le grand prêtre. Tout le monde se leva pour regarder l’enfant et l’aveugle. Le grand prêtre s’avança rapidement et posa ses mains sur la tête de la fillette qui reçut visiblement un choc mais ne changea pas d’attitude. Les trois personnages se maintinrent ainsi pendant quelques instants, puis la fillette enleva ses menottes et s’écria : « Eh bien, tu n’es pas aveugle du tout, tu peux voir. »

     

    Elle embrassa le front de la femme puis se retourna et marcha vers Thomas. Elle parut perplexe et dit : « J’ai parlé dans votre langue, comment cela se fait-il ? » Puis elle ajouta : « Pourquoi la femme ne voit-elle pas qu’elle a cessé d’être aveugle ? Elle peut voir. » Nous regardâmes à nouveau la femme.

     

    Elle s’était levée. Saisissant à deux mains la robe du grand prêtre, elle dit en langue indigène : « Je peux vous voir. » Puis elle regarda autour d’elle dans toute la salle d’un air égaré et dit : « Je peux vous voir tous. »

    Elle lâcha la robe du grand prêtre, enfouit son visage dans ses mains, retomba sur le siège qu’elle occupait, et sanglota : « Je vois, je vois, mais vous êtes tous si propres et je suis si sale. Laissez-moi partir. » Marie alla se placer directement derrière la femme et lui posa ses deux mains sur les épaules. Le grand prêtre leva les mains. Aucun mot ne fut prononcé. Presque instantanément, les vêtements de la femme furent changés en vêtements neufs et propres. Marie retira ses mains. La femme se leva, et regarda autour d’elle d’un air ahuri et perplexe. Le prêtre lui demanda ce qu’elle cherchait. Elle répondit que c’étaient ses vieux vêtements. Le prêtre dit : « Ne cherche pas tes vieux vêtements, regarde, tu es habillée de neuf. »

     

    Elle resta encore un instant comme enveloppée dans sa perplexité, puis son visage s’illumina d’un sourire. Elle s’inclina très bas et reprit son siège. Nous étions tellement surexcités que nous nous pressions tous autour de la femme. Entre-temps Raymond s’était frayé un passage jusqu’à la fillette et causait avec elle à voix basse. Il nous informa plus tard qu’elle parlait très bien l’anglais. Quand la conversation avait lieu en langue indigène, notre hôtesse servait d’interprète.

     

    Nous apprîmes que la femme était aveugle depuis plus de vingt-quatre ans et que sa cécité provenait de ce qu’elle avait reçu dans les yeux du petit plomb d’un coup de fusil tiré par un brigand faisant partie d’une bande. Quelqu’un suggéra qu’il serait bon de s’asseoir à la table. Tandis que nous prenions place, la femme se leva et demanda à Marie qui était restée tranquillement à ses côtés la permission de partir. La fillette s’avança, disant qu’elle l’accompagnerait pour s’assurer de son arrivée à bon port. Le grand prêtre demanda à la femme où elle habitait, Elle le renseigna. Il lui conseilla de ne plus retourner cet endroit malpropre. La fillette prit la parole pour dire qu’elle comptait bien héberger la femme chez elle, et elles quittèrent toutes deux la salle en se donnant le bras.

     

    Quand nous fûmes tous assis, des assiettes apparurent sur la table comme posées par des mains invisibles. Le grand prêtre regarda autour de lui d’un air stupéfait. Quand la nourriture et les plats commencèrent à arriver de la même manière, il se tourna vers Marie qui était assise à sa droite et lui demanda si elle avait l’habitude de se nourrir de cette manière dont il n’avait jamais eu le privilège d’être témoin jusqu’ici. Il se tourna ensuite vers Émile, qui nous servait d’interprète, comme pour demander des explications.

     

    Émile exposa que le pouvoir qui avait servi à guérir l’aveugle pouvait être utilisé pour se procurer tout ce dont on avait besoin. Il était facile de voir que le grand prêtre restait perplexe, mais il ne dit mot jusque vers le milieu du repas. Alors il reprit la parole, et Jast interpréta.

     

    Le grand prêtre dit : Mon regard a sondé des profondeurs où, je ne croyais pas que des êtres humains eussent le privilège de plonger. Toute ma vie s’est écoulée dans l’ordre de la prêtrise, et je croyais servir mes semblables. Je constate maintenant que je me servais moi-même beaucoup plus que mes frères. Mais la fraternité a été prodigieusement étendue ce soir, et ma vision a suivi. Maintenant seulement il m’est permis d’apercevoir l’étroitesse de notre vie passée et le mépris que nous professions pour tout ce qui n’était pas nous-mêmes. Cette vision sublime me montre que vous émanez comme nous du domaine divin, et me permet de contempler une joie céleste. Il s’interrompit les mains à moitié levées cependant qu’un air d’agréable surprise l’envahissait. Il resta dans cette position un instant puis dit : C’est insensé, je puis parler votre langue et je vais le faire. Pourquoi ne le pourrais-je pas ? Je comprends maintenant votre pensée quand vous disiez que la faculté de s’exprimer est illimitée pour l’homme. Je découvre en effet que je peux vous parler directement et que vous me comprenez. Il s’interrompit encore comme pour ressaisir le fil de ses pensées, puis se mit à parler sans interprète. On nous informa plus tard que c’était la première fois qu’il parlait anglais. Il continua : Comme c’est magnifique de pouvoir vous parler directement dans votre langue ! Cela me donne une vision plus large des choses, et je ne peux plus comprendre
    comment des hommes peuvent en regarder d’autres comme des ennemis. Il est évident pour moi, que nous appartenons tous à la même famille, provenons de la même source, et servons la même cause. Cela prouve qu’il y place pour tout le monde.

     

    Si un frère a une pensée différente de la nôtre, pourquoi voudrions-nous le faire périr ? Je comprends que nous n’avons pas le droit d’interférer, car toute interférence ne fait que retarder notre propre développement et nous isoler du monde en faisant s’écrouler notre maison sur notre propre tête. Au lieu d’une race limitée, je perçois maintenant un tout universel, éternel et sans bornes, émanant de l’Unité et retournant à elle. Je vois que votre Jésus et notre Bouddha ont vaincu par la même lumière. Il faut que leurs vies se fondent dans l’unité en même temps que celles des participants à cette lumière. Je commence à voir le point de convergence. Cette lumière, claire comme le cristal déverse son rayonnement sur moi.

     

    Quand des hommes se sont élevés à une position royale, ils n’arrivent plus à considérer leurs frères comme des égaux. Ils veulent être seuls rois et maintenir les autres dans la servitude. Pourquoi cette fillette a-t-elle placé ses mains sur les yeux fermés de la brave femme ? Parce qu’elle voyait plus profondément que moi, alors que j’aurais dû être mieux au courant qu’elle. Elle a manifesté ce que vous appelez un puissant amour, le même qui a incité Jésus et Bouddha à se réunir, ce qui m’a d’abord étonné mais ne m’étonne plus. En vous incluant tous dans notre pensée, il ne peut arriver de mal, car cette inclusion nous apporte le bien que vous possédez, et nous ne pouvons qu’en profiter.

     

    Le pouvoir qui vous protégera toujours me protégera aussi. L’armure qui me défend vous défendra de même. Si elle est une protection pour vous et moi, elle l’est pour tous. Les lignes de démarcation ont disparu. Quelle vérité céleste ! Je vois votre pensée quand vous dites que le monde est le monde de Dieu et que les endroits lointains et proches lui appartiennent. Si nous voyons simultanément les lieux proches et lointains, ils sont pareils pour nous. Nous vivions dans notre petit monde sans voir que le vaste univers nous entourait, prêt à venir à notre secours si nous le laissions faire. Songez que Dieu nous entoure et entoure tout. Je comprends la pensée du saint frère disant que les portes s’ouvriront toutes grandes pour quiconque est prêt à recevoir Dieu. Il est dit que l’homme ne doit pas se borner à prêter l’oreille. Il doit devenir ce qu’il proclame être. En s’engloutissant lui-même, il sera immergé, dans la fraternité humaine. Ce sont les actes qui comptent et non les belles paroles.

     

    Le chemin du progrès n’est pas seulement barré par les croyances d’autrui, mais par les nôtres. Chacun réclame directement les grâces du Très-Haut, chacun essaie de bâtir sa demeure en démantelant celle d’autrui. Au lieu d’employer son énergie à détruire, il faudrait s’en servir pour consolider l’ensemble. Le Très-Haut a créé toutes les nations de la terre d’un même sang, et non pas chaque nation d’un sang différent. On est maintenant arrivé au point où il faut choisir entre la superstition et la fraternité humaine. La superstition est l’envoûtement de l’homme. La foi qui déplace les montagnes sommeille encore à l’état de germe dans le plan divin. L’homme n’a pas encore atteint la hauteur et la majesté de cette loi.

     

    La loi d’illumination qui a précédé celle des miracles est la loi supérieure de l’amour, et l’amour est la fraternité universelle. L’homme n’a besoin que de remonter à la source de sa propre religion, d’en écarter toutes les fausses interprétations, et de rejeter tout égoïsme.

     

    Derrière les apparences superficielles, on trouvera l’or pur de l’alchimiste, la sagesse du Très-Haut, votre Dieu et mon Dieu. Il n’y a qu’un seul Dieu, et non des divinités nombreuses pour des peuples divers. C’est le même Dieu qui s’adressa du buisson ardent à Moïse. C’est le même encore auquel Jésus faisait allusion en disant que par la prière il pouvait appeler des légions à son secours dans sa bataille à mort pour achever le travail que le Père lui avait confié. C’est encore le même Dieu à qui Pierre adressa ses prières en sortant de prison.

     

    Je perçois maintenant le grand pouvoir auquel on peut faire appel pour aider ceux qui veulent consacrer leur vie à la fraternité humaine.

     

    À ce moment, le grand prêtre leva son verre, le tint un moment serré dans la main, et s’immobilisa complètement. Le verre se brisa en poussière et le grand prêtre continua : Les armées d’Israël connaissaient ce pouvoir quand elles sonnèrent de la trompette devant Jéricho et que les murs s’écroulèrent. Paul et Silas ne l’ignoraient pas non plus quand ils s’évadèrent de prison. À nouveau le grand prêtre observa un moment de silence complet, et le bâtiment se mit à vibrer et à vaciller sur ses bases.

     

    De grandes langues de feu brillèrent comme des éclairs. Deux énormes masses rocheuses se détachèrent de la paroi de la montagne à deux kilomètres de là et tombèrent en avalanche dans la vallée. Les villageois sortirent terrifiés de leurs maisons, et nous eûmes bien envie d’en faire autant, tellement notre bâtiment était secoué. Puis le grand prêtre leva la main, et le calme revint. Il dit encore : À quoi peuvent servir les armées et les marines quand on sait que Dieu possède ce pouvoir et que ses véritables fils peuvent s’en servir ?

     

    On peut balayer une armée comme un enfant renverserait des soldats de plomb, et l’on peut réduire en poussière, tel ce verre, les grands navires de guerre. Ce disant il montrait l’assiette dans laquelle il avait déposé la poussière représentant tout ce qui restait du verre. Il la prit et souffla légèrement dessus : Elle éclata en flammes et disparut totalement. Il reprit encore : Ces légions ne viennent pas pour faire votre travail ou le mien ni pour se servir de l’homme comme d’un instrument. C’est l’homme qui peut faire appel à elles pour être encouragé, soutenu, et réconforté dans le travail qu’il accomplit comme maître de toutes les conditions de vie. À l’aide de ce pouvoir, l’homme peut calmer les vagues, commander aux vents, éteindre le feu, ou diriger les foules. Mais il ne peut se servir des légions que s’il les a dominées. Il peut les employer pour le bien de la race humaine pour enfoncer dans la cervelle des hommes le sens de la coopération avec Dieu.

     

    Quiconque est devenu capable de faire appel à ces légions sait parfaitement qu’il ne peut les utiliser que pour le service véritable de l’humanité.

     

    Elles peuvent en effet consumer l’homme aussi bien que le défendre. L’orateur s’interrompit un moment, étendit les mains, et reprit d’une voix mesurée et respectueuse :

    Père, c’est un grand plaisir pour nous de recevoir ces chers amis ce soir, et nous disons d’un cœur humble et sincère : « Que ta volonté soit faite. »

     

    Nous les bénissons, et en les bénissant nous bénissons le monde entier. Puis il s’assit comme si rien d’extraordinaire ne s’était passé. Tous les Maîtres étaient calmes. Seuls les membres de notre expédition étaient surexcités. Le chœur invisible éclata en chantant : « Chacun connaît le pouvoir qui réside dans un nom. L’homme peut se proclamer roi lui-même. Avec un cœur contrit, il peut accéder au pouvoir suprême. »




    Pendant cette remarquable démonstration de puissance nous étions restés inconscients de l’état de tension de nos nerfs. Quand le chœur s’arrêta, nous en devînmes conscients, comme si la fin de la musique avait été nécessaire pour nous détendre. Quand les derniers échos en furent éteints, nous nous levâmes de table et nous réunîmes autour de nos amis et du grand prêtre. Ce fut l’occasion pour Raymond et Thomas de poser des questions. Voyant combien ils étaient intéressés, le grand prêtre les invita à passer la nuit au monastère avec lui. Ils nous souhaitèrent le bonsoir et partirent tous trois.

    Page 232 à 243 La vie des maîtres de Baird Thomas Spalding

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