• 24. La petite fille et Marie

     

    Photo de ©Colinearcenciel sous licence no copyright international tout droit protégé

    2.12.La fillette croyante. - La maison qui pousse toute seule. - Le guet-apens du gouverneur. – intervention de Jésus et de Bouddha

    Nous nous levâmes de très bonne heure le lendemain matin, et nous nous mîmes en route avant le lever du soleil pour le village natal de Bagget Irand où nous arrivâmes douze jours plus tard. Nous y fûmes reçus par les amis qui nous avaient rendu visite pendant notre dernier après-midi dans le désert, et nous acceptâmes avec bonheur leur invitation à nous reposer chez eux pendant quelques jours. On nous conduisit à des chambres fort luxueuses en comparaison de nos logements du désert. Le souper devait être prêt une demi-heure plus tard. Nous nous rendîmes présentables et entrâmes dans la pièce voisine où nous rencontrâmes plusieurs amis dont nous avions déjà fait connaissance en voyageant plus au sud. Ils nous souhaitèrent la bienvenue de tout cœur et nous informèrent que tout le village était notre domaine, chaque porte étant prête à s’ouvrir toute grande pour nous recevoir. Le gouverneur du village nous fit un charmant discours de bienvenue au moyen d’un interprète. Il nous informa que le souper aurait lieu chez lui et que nous allions nous y rendre immédiatement.

     

    Nous quittâmes la chambre, gouverneur en tête, avec sa garde de deux soldats, un à droite, un à gauche, comme il est de règle dans le pays. Venaient ensuite Raymond avec notre hôtesse, puis Thomas avec la dame magnifique, et enfin Émile, sa mère Marie, et moi, tandis que le reste de l’expédition suivait. Nous n’avions parcouru qu’une petite distance quand une fillette pauvrement vêtue se détacha de la foule qui nous observait, et demanda dans la langue du pays si elle pouvait parler à Marie. Le gouverneur la repoussa brutalement, disant qu’il n’avait pas le temps de s’occuper de gens de sa sorte. Marie prit mon bras et celui d’Émile et nous sortîmes des rangs pour écouter ce que la fillette avait à dire. Voyant cela, notre hôtesse hésita un instant, puis dit qu’elle désirait s’arrêter. Tandis qu’elle sortait des rangs, toute la compagnie s’arrêta. Marie expliqua au gouverneur qu’elle désirait voir tout le monde continuer son chemin et prendre place à table. Quand ce serait fait, elle nous aurait sûrement rejoints.

     
    Pendant tout ce temps, elle avait tenu les mains de la fillette dans les siennes. Après le départ du gouverneur et de sa suite, elle s’agenouilla pour rapprocher son visage de celui de la fillette, lui entoura le cou de ses bras et dit : Chérie, que puis-je faire pour toi ? Marie découvrit bientôt que le frère de la fillette avait fait une chute dans l’après-midi et s’était probablement brisé la colonne vertébrale. La fillette supplia Marie de l’accompagner pour voir si elle pourrait améliorer l’état du garçonnet, qui souffrait beaucoup. Marie se leva, nous expliqua la situation, et nous pria de rejoindre le gouverneur tandis qu’elle accompagnerait l’enfant et nous retrouverait plus tard. Raymond demanda la permission de l’accompagner. Elle dit que nous pouvions tous venir si nous le désirions. Nous suivîmes donc Marie.

    Elle tenait par la main la fillette qui sautait de joie. Notre hôtesse nous traduisit ses paroles. La fillette disait qu’elle savait que son frère serait guéri par la grande dame.

     

    A l’approche de la maison, la fillette bondit en avant pour annoncer notre arrivée. Nous vîmes qu’elle habitait une cabane de boue particulièrement misérable. Marie avait dû lire nos pensées car elle dit. : Bien que ce soit un taudis, il y bat des cœurs chauds. À cet instant, la porte s’ouvrit brusquement. Nous entendîmes une voix masculine bourrue et nous entrâmes. Si la cabane apparaissait misérable vue de l’extérieur, elle l’était encore bien plus à l’intérieur. Elle était à peine assez large pour nous contenir, et le plafond était tellement bas que nous ne pouvions pas nous tenir debout. Un pâle lumignon jetait une étrange lumière sur les visages du père et de la mère assis dans leur saleté. Dans le coin le plus éloigné, sur un amas de paille moisie et de chiffons malodorants, gisait un garçonnet de cinq ans au plus, au visage contracté et d’une pâleur de cire.

     

    La fillette s’agenouilla auprès de lui et lui prit le visage dans les mains, une main appuyée contre chaque joue. Elle lui dit qu’il allait être complètement guéri car la dame magnifique était déjà là. Elle enleva ses mains et s’écarta pour lui permettre de voir la dame. C’est alors qu’elle aperçut pour la première fois les autres visiteurs. Son expression changea instantanément. Toute son attitude donna l’impression qu’elle ressentait une grande frayeur.

    Elle se cacha le visage dans ses bras, et son corps fut secoué de sanglots convulsifs tandis qu’elle s’écriait : Oh ! je croyais que vous veniez seule. Marie s’agenouilla près d’elle, l’entoura de son bras, et la serra un moment. Elle se calma, et Marie lui dit qu’elle nous renverrait si la petite le désirait. Elle répondit qu’elle avait été simplement surprise et effrayée, car elle ne pensait qu’à son frère. Marie dit : Tu aimes beaucoup ton frère, n’est-ce pas ? La fillette qui n’avait certainement pas plus de neuf ans répondit : Oui, mais j’aime tout le monde. Émile nous servait d’interprète, car nous ne comprenions pas un mot. Marie dit : Si tu aimes ton frère tant que cela, tu peux contribuer à le guérir : Elle lui fit reprendre sa position primitive, une main sur chacune des joues de son frère, puis se déplaça pour pouvoir mettre sa propre main sur le front du garçonnet. Presque aussitôt les gémissements cessèrent, le visage du garçonnet s’éclaira, son petit corps se détendit, un calme complet s’installa sur toute la scène, et l’enfant s’endormit tranquillement d’un sommeil naturel.

     

    Marie et la fillette restèrent assises dans la même position pendant quelques instants, puis Marie écarta doucement avec sa main gauche les mains de la fillette du visage du garçonnet, disant : Comme il est beau, bien portant et vigoureux ! Puis Marie retira sa main droite avec une douceur extrême. Il se trouva que j’étais près d’elle tandis qu’elle étendait le bras gauche. Je tendis la main pour l’aider à se relever. Au moment où sa main toucha la mienne je ressentis une telle secousse que j’en fus paralysé. Elle se releva avec légèreté et dit : Je me suis oubliée un instant. Je n’aurais pas dû saisir votre main comme je l’ai fait, car je me sentais momentanément accablée par l’immensité de l’énergie qui s’écoulait a travers moi. À peine eut-elle dit ces paroles que je recouvrai mes moyens. Je crois que les autres ne s’aperçurent-même pas de l’incident tant ils étaient absorbés par ce qui se passait autour d’eux. La fillette s’était subitement jetée aux pieds de Marie, en avait saisi un dans chaque main, et baisait frénétiquement ses vêtements. Marie se baissa, releva d’une main le petit visage fervent et couvert de larmes, puis s’agenouilla, serra l’enfant dans ses bras, et lui baisa les yeux et la bouche. L’enfant mit ses bras autour du cou de Marie, et toutes deux restèrent immobiles pendant un temps.


    Puis l’étrange lumière dont nous avons déjà parlé commença d’inonder la pièce. Elle devint de plus en plus brillante, et finalement tous les objets parurent lumineux. Rien ne portait plus d’ombre. Il sembla que la chambre s’agrandissait. Jusque-là le père et la mère des deux enfants étaient restés assis sur le plancher de terre battue dans un silence pétrifié. À ce moment, l’expression de leur visage changea. Ils devinrent blancs de frayeur, puis l’homme fut saisi d’une telle épouvante qu’il fonça vers la porte, bousculant Raymond dans sa hâte de s’enfuir.

    La mère tomba au côté de Marie, prostrée et toute secouée de sanglots. Marie lui mit une main sur le front et lui parla à voix basse. Les sanglots cessèrent, la femme se redressa à moitié et vit la transformation qui s’était opérée dans la chambre. Son visage reprit une expression de terreur, et elle se leva précipitamment, cherchant à s’enfuir.

    Émile lui saisit une main tandis que la dame magnifique saisissait l’autre. Ils la tinrent ainsi un moment, et voici qu’au lieu du taudis où nous étions entrés, nous nous trouvâmes dans une chambre assez confortable meublée avec des sièges, une table, et un lit propre. Émile traversa la pièce, enleva le garçonnet endormi du tas de paille moisie, et le reposa doucement sur le lit dont il tira les couvertures. Ce faisant, il se baissa et embrassa l’enfant sur le front aussi tendrement que la plus tendre des femmes. Marie et la fillette se levèrent et marchèrent vers la maman. Nous nous rassemblâmes autour de celle-ci. Elle tomba à genoux, saisit les pieds de Marie, et commença à les embrasser en la suppliant de ne pas la quitter. Émile avança, se baissa, prit les mains de la femme et la releva, lui parlant tout le temps d’une voix calme dans sa propre langue.

     

    Quand elle fut debout, les vieux vêtements souillés qu’elle portait s’étaient changés en vêtements neufs. Elle resta un instant silencieuse et comme pétrifiée, puis se jeta dans les bras tendus de Marie. Elles restèrent ainsi quelque temps, puis Émile les sépara. Alors la fillette se précipita en avant les mains tendues, disant : Regardez mes vêtements neufs. Elle se tourna vers Marie qui se baissa et la souleva dans ses bras, tandis que la fillette lui entourait le cou de ses bras et appuyait son visage sur l’épaule de Marie. Raymond se tenait juste derrière elles. La fillette étendit les bras vers lui par-dessus l’épaule de Marie, leva la tête, et lui fit un joyeux sourire. Raymond avança d’un pas et tendit ses mains que la fillette saisit en disant qu’elle nous aimait tous, mais pas autant que cette dame chérie, et elle désignait Marie.

     

    Emile dit qu’il allait voir s’il pouvait retrouver le père. Il le ramena au bout de quelques instants, effrayé et quelque peu renfrogné. Marie traversa la pièce et déposa la fillette près de lui. Sous la maussaderie de l’homme, nous pouvions cependant deviner une profonde gratitude. Nous quittâmes alors les lieux. Avant notre départ, la maman nous demanda de revenir. Nous répondîmes que nous reviendrions le lendemain. Nous nous hâtâmes vers la maison du gouverneur craignant d’avoir fait attendre toute la compagnie. Nous avions l’impression d’avoir passé plusieurs heures dans la cabane, mais il ne s’était pas écoulé plus d’une demi-heure entre le moment où nous nous séparâmes du groupe et celui où nous le rejoignîmes. Tout s’était passé en moins de temps qui il n’en faut pour l’écrire.

     

    Nous arrivâmes chez le gouverneur juste au moment où tout le monde s’asseyait à table. Raymond demanda la permission de s’asseoir à côté de Thomas. Il était aisé de voir qu’il était extrêmement agité. Thomas nous dit plus tard que Raymond était tellement ému de ce qu’il avait vu qu’il n’arrivait pas à rester calme L’ordonnance de la table était la suivante : à un bout le gouverneur, à sa droite Marie puis Émile, la dame magnifique, Thomas et Raymond. À gauche du gouverneur notre hôtesse, puis le fils et la fille d’Émile. Je signale cette disposition en raison de ce qui advint un moment plus tard. Après que nous fûmes tous assis, les serviteurs commencèrent à apporter les plats et la première moitié du repas se passa très agréablement. Le gouverneur demanda à Bagget Irand s’il ne voulait pas continuer l’exposé commencé, lequel avait été interrompu par l’arrivée du gouverneur d’un autre grand village. . Bagget Irand se leva et dit qu’il avait parlé de la similitude des vies de Bouddha et de Jésus. Il nous demanda la permission de continuer, mais dans un langage compris de notre hôte. Il n’était pas dans les habitudes de se servir d’un interprète avec le gouverneur quand on connaissait une langue qu’il parlait. Jast s’offrit à nous comme interprète, mais le gouverneur insista pour que Bagget Irand continuât en anglais et que Jast lui servît d’interprète, car la majorité des hôtes parlaient et comprenaient l’anglais.

     
    Bagget Irartd continua donc : Songez à ce que serait le pouvoir de l’homme si tous ses actes et toutes ses pensées étaient dominés par les attributs du Saint-Esprit. Jésus disait : « Quand l’Esprit Saint sera venu sur vous... » Il se référait à l’époque où le pouvoir de Dieu régirait la vie de tous ses enfants, c’est-à-dire au moment où Dieu se manifesterait dans la chair. En vérité, ce développement spirituel a débuté, car beaucoup de gens commencent à connaître la vie et l’enseignement des voyants et des prophètes. Ils les connaissent plus ou moins bien, selon que leur développement spirituel se rapproche plus ou moins du stade parfait où Dieu se manifeste à travers tous ses enfants. Il est des hommes qui suivent avec persévérance le véritable idéal de vie qu’ils ont perçu comme venant directement de Dieu et reliant Dieu à l’homme. Ceux-là ont fait de grands progrès vers la noblesse de caractère, la pureté d’âme et la grandeur morale. Leurs disciplines cherchent à incorporer ces idéaux dans leur individualité afin d’accomplir les mêmes œuvres que les Maîtres.

     

    Quand ils y seront parvenus, le monde sera bien obligé d’accepter les leçons des Maîtres dont la vie laisse présager les possibilités latentes de tous les enfants de Dieu. Cependant aucun des Maîtres n’a prétendu avoir atteint la perfection ultime que Dieu a choisie pour ses enfants, car Jésus a dit : « Quiconque croit en moi fera les mêmes œuvres que moi, et même de plus grandes, car je vais au Père. » Jésus et Bouddha ont dit tous deux : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » Ces fils de Dieu ne sont pas des personnages imaginaires. Depuis qu’ils sont apparus dans l’histoire, leur vie et leurs travaux se sont fortement imprimés dans l’esprit et le cœur de bien des hommes. On a inventé des mythes et des traditions à leur propos. Mais pour celui que la question intéresse, le vrai critérium consiste à accepter et appliquer leur enseignement dans la vie quotidienne. Les idéaux qu’ils ont exprimés sont les mêmes qui gouvernent la vie de tous les hommes éminents. C’est là une preuve additionnelle de leur vérité : Quiconque essaye de réfuter la vie de ces grands hommes peut aussi bien se demander pourquoi les religions existent. Ils sont le fondement des religions et portent la marque d’un besoin instinctif laissant irrésistiblement entrevoir la grande profondeur et la vraie base d’une humanité meilleure.

     
    Les vies de Jésus et de Bouddha dépassent de beaucoup en éclat toutes les autres tentatives faites pour délivrer la famille humaine de ses limitations et de ses servitudes. Nous en avons conservé les annales. Il est légitime d’y puiser, pourvu que nous gardions le cœur ouvert et que nous effectuions les recherches avec l’esprit libre, en vue d’assimiler leur doctrine et leurs idéaux. À défaut, nous ne pourrions pénétrer leur caractère ni communier avec leur vie. Tel est le message inspiré de tous les vrais prophètes depuis le commencement de l’histoire du monde.

    Deux au moins de ces hommes spirituellement illuminés, Jésus et Bouddha, ont amené à maturité les grandes possibilités de leur doctrine. Ils ont employé presque les mêmes mots pour dire : « Je suis le chemin, la vérité, et la lumière de la vie, pour tous les hommes. » Ils ont pris une position sincère dans laquelle ils pouvaient dire en vérité : « Je suis la lumière du monde. Quiconque me suit et vit comme moi ne marchera pas dans l’obscurité, mais aura la vie éternelle elle et sera abondamment libéré de toute limitation. » Tous deux ont encore dit à peu près dans les mêmes termes : « Je suis né dans ce monde dans le but unique d’apporter mon témoignage à la vérité. Quiconque aime cette vérité répond à mon appel. » Ces paroles ont eu une influence directe sur le développement sincère de la vie du Christ chez les enfants de Dieu. Toutes les religions du monde révèlent l’existence d’un pouvoir supérieur chez l’homme. Or celui-ci se sert de son intelligence mineure pour lutter contre les limitations sensuelles et s’en libérer. Les Écritures Saintes des diverses races expriment extérieurement cette lutte. Le Livre de Job, dans votre Bible, est antérieur à toute votre histoire. Il a été écrit dans ce pays, et son sens mystique a été préservé à travers tous les changements politiques. Cependant, il a été entièrement adultéré par des additions de légendes. Malgré la destruction presque totale des habitants de ce pays, la parole mystique de Job ne sera jamais détruite, car quiconque demeure à l’endroit secret du Très-Haut demeure aussi à l’ombre du Tout-Puissant et possède l’intelligence de Dieu. Il faut encore reconnaître autre chose, à savoir que toutes les Écritures Saintes proviennent d’une religion, tandis qu’aucune religion ne procède d’une Écriture. Les Écritures Saintes sont un produit des religions et non leur cause. L’histoire des religions résulte des faits religieux.

     

    La dévotion provient de certaines expériences, alors que les Évangiles proviennent de toutes les religions. On ne tardera pas à découvrir que l’unité des mobiles et des efforts constitue le plus puissant moyen d’atteindre un but désiré. Alors les innombrables individus, qui dispersent leurs pensées dans toutes les directions et tirent à hue et à dia, ne penseront plus que comme un seul et les hommes connaîtront la signification d’un effort vigoureux, continu, et commun. Quand ils seront mus par une volonté unique, toutes choses leur seront possibles. Quand ils rejetteront de leur conscience les pensées sataniques d’égoïsme, la bataille de Gog et de Magog cessera. Mais il ne faut pas compter sur une divinité extérieure pour y parvenir. Quand Jésus a dit : « Mes paroles sont esprit et vie », il avait pris contact avec la parole intérieure créatrice de toutes choses. Il savait que son verbe était plein d’une quintessence de vie et possédait l’impulsion susceptible de réaliser l’objet de ses désirs. Si ces paroles résonnaient à travers toutes les âmes et toutes les nations, les hommes sauraient qu’ils ont accès à la fontaine de vie éternelle émanant de Dieu.

     

    Un mode d’expression divin consiste à percevoir le Christ, sur un trône juste en arrière du cœur, siège de l’amour. Ayez la vision du Christ dirigeant à partir de ce trône toutes les activités de votre corps, en accord parfait avec la loi immuable de Dieu, et sachez que vous coopérez avec lui en vue de manifester les idéaux reçus directement de la pensée divine. Imaginez alors le Christ siégeant sur son trône grandissant et incluant tous les atomes, cellules, fibres, muscles, et organes de votre corps.

    En fait, il a grandi au point que votre corps entier est le Christ pur, le Fils unique de Dieu, le temple pur où Dieu est chez lui et aime à demeurer. À partir de ce trône, on peut faire appel à tous les centres du corps et leur dire qu’ils sont positifs, aimants, puissants, sages, intrépides, libres en esprit. On devient pur de la pureté de l’esprit. Aucune pensée mortelle, aucun désir d’impureté ne peut approcher. On est immergé dans la pureté de Christ. L’esprit de vie en Christ fait de vous le temple pur de Dieu, où vous pouvez vous reposer et dire : « Père, ici comme en toutes choses, révèle-moi le Christ, ton fils parfait. » Puis bénissez le Christ. Après avoir assimilé le Christ, on peut tendre la main. Si l’on a besoin d’or, elle contiendra de l’or.

     

    Bagget Irand étendit alors les deux mains, et dans chacune apparut un disque d’or un peu plus grand qu’un louis. Il les fit passer aux invités assis à sa droite et à sa gauche et ceux-ci les passèrent à leurs voisins jusqu’à ce que les disques eussent fait le tour de la table. Nous les conservâmes et les fîmes examiner ultérieurement par des spécialistes qui les déclarèrent d’or pur. Puis Bagget Irand continua : Si vous voulez aider les autres, percevez le Christ qui trône chez eux comme chez vous. Parlez à leur Christ comme si vous vous adressiez directement à eux. Pour clarifier un sujet ou une situation, laissez votre Christ parler mentalement à l’âme abstraite du sujet en question, puis demandez à l’intelligence propre de la chose de vous parler d’elle-même.

     

    Pour faire aboutir ses plans parfaits, Dieu a besoin de ses enfants au même titre que toute plante, fleur, ou arbre quelconque. Il est nécessaire que les enfants collaborent avec le Père dans le chemin parfait qu’il a conçu pour eux. Quand l’homme s’est dérobé à ce plan de coopération parfaite, il a déséquilibré le monde et provoqué la destruction de la majeure partie des enfants de Dieu par des raz de marée. Au contraire, la pensée parfaite d’amour, coopérant dans le cœur des enfants de Dieu avec l’équilibre et le pouvoir, maintient la stabilité de la terre.

     

    Quand les hommes dispersèrent cette force en pensées de péché et de luxure, le monde fut tellement désorienté que des raz de marée submergèrent l’humanité et détruisirent presque tout le fruit de ses travaux. À cette époque, les hommes étaient bien plus avancés qu’aujourd’hui. Mais Dieu ne peut commander ni les pensées humaines d’amour et d’équilibre ni celles de haine et de déséquilibre. Il appartient aux hommes de le faire. Quand la force de pensée qui avait déséquilibré la terre fut dissipée par le grand cataclysme qu’elle avait provoqué, Dieu usa de son puissant pouvoir et stabilisa convenablement le monde. Mais tant que les pensées humaines dominent, Dieu est impuissant à agir.

     

    Ayant ainsi parlé, Bagget Irand se rassit. Nous avions remarqué que le gouverneur manifestait des symptômes de gêne et d’agitation. Quand Bagget Irand eut fini de parler, sa nervosité éclata dans une exclamation qui signifiait : « Chien, chien de chrétien, tu as diffamé le nom de notre grand Bouddha et tu vas le payer. » Il étendit la main et tira un cordon qui pendait du plafond. Trois portes s’ouvrirent immédiatement dans la salle, du côté opposé au gouverneur, et trente soldats, sabre au clair, se ruèrent dans la pièce. Le gouverneur s’était levé. Les deux gardes qui l’avaient accompagné et s’étaient tenus derrière sa chaise pendant le repas s’alignèrent à sa hauteur. Il leva la main et donna un ordre. Dix soldats s’avancèrent et se rangèrent le long du mur derrière Bagget Irand. Deux d’entre eux se portèrent à sa droite et à sa gauche, juste un peu en arrière de sa chaise. Le capitaine des gardes s’avança aux ordres près du gouverneur.

     

    Aucune personne de la société n’avait dit un mot, ni fait un geste. Nous étions complètement atterrés par la soudaineté du changement. Mais un profond silence tomba sur la scène. Une vive lueur apparut à l’extrémité de la table devant le gouverneur et illumina la salle. Tous les yeux étaient braqués sur lui, tandis qu’il gardait la main levée comme pour donner un second ordre. Son visage était devenu d’une pâleur de cendre et manifestait une expression d’horreur. Il semblait qu’une forme indécise fût debout sur la table devant lui. Nous entendîmes le mot « Stop » prononcé clairement et très énergiquement. Le mot lui-même apparut en lettres de feu entre la forme indécise et le gouverneur. Ce dernier parut comprendre car il se tint pétrifié, rigide comme une statue. Entre-temps la silhouette indécise s’était précisée et nous reconnûmes Jésus, tel que nous l’avions vu précédemment. Mais la chose étonnante pour nous était qu’une deuxième silhouette vague se tenant près de Jésus retenait seule l’attention du gouverneur et de tous les soldats. Ils paraissaient la reconnaître et la craindre bien plus que la première.

     

    Nous jetâmes un coup d’œil circulaire et vîmes tous les soldats debout et complètement raidis. La seconde silhouette se précisa et leva la main comme Jésus, sur quoi tous les soldats lâchèrent leurs sabres qui tombèrent bruyamment sur le sol. Le silence était si profond que nous entendîmes l’écho du bruit dans la pièce. La lumière brilla encore plus intensément. À la vérité, elle était si vive que nous étions à peu près aveuglés. Le capitaine se ressaisit le premier, étendit les mains, et s’écria : « Bouddha, notre Bouddha, le Sublime. » Puis le gouverneur s’écria aussi : « En vérité, c’est le Sublime. » Et il se prosterna sur le sol. Les deux gardes s’avancèrent pour le relever, puis se tinrent silencieux et immobiles comme des statues.

     

    Les soldats, qui s’étaient rangés à l’extrémité la plus éloignée de la pièce, poussèrent une clameur et se ruèrent pêle-mêle vers le gouverneur en criant : « Le Sublime est venu pour détruire les chiens de chrétiens et leur chef. » Sur quoi Bouddha recula sur la table jusqu’à ce qu’il pût les regarder tous en face et dit : Ce n’est pas une fois, ni deux fois, mais trois fois que je dis « Stop ». Chaque fois qu’il le prononça, le mot stop apparut en lettres de feu comme pour Jésus, mais les lettres ne s’effacèrent pas, elles restèrent en place dans l’air. Les soldats parurent de nouveau pétrifiés. Ils regardaient la scène les yeux écarquillés, les uns avec une main en l’air, les autres avec un pied soulevé de terre, figés dans l’attitude où ils se trouvaient lorsque Bouddha avait levé la main.

     

    Celui-ci s’approcha de Jésus et, plaçant sa main gauche sous le bras de Jésus, il dit : « En ceci comme en toutes choses, je soutiens le bras levé de mon frère bien-aimé que voici. » Il mit ensuite sa main droite sur l’épaule de Jésus et les deux Maîtres restèrent ainsi pendant un instant, puis descendirent de la table avec légèreté tandis que gouverneur, capitaine, gardes, et soldats les regardaient avec des visages pâles de frayeur et tombaient à la renverse. Le gouverneur s’effondra dans sa chaise qui avait été reculée jusqu’à toucher le mur de la pièce. Chacun de nous exhala un soupir de soulagement. Je crois que personne d’entre nous n’avait respiré pendant les quelques minutes qu’avait duré cette scène.’

    Puis Bouddha prit le bras de Jésus et tous deux se placèrent face au gouverneur. Bouddha lui parla avec une telle force que les mots paraissaient rebondir contre les murs de la salle. Il dit : Comment oses-tu qualifier de chiens de chrétiens nos frères bien-aimés que voici, toi qui viens de repousser brutalement une enfant suppliante à la recherche d’un cœur compatissant ? La grande âme que voici s’est détournée de sa route pour répondre à l’appel. Bouddha lâcha le bras de Jésus, se retourna, et s’avança la main tendue vers, Marie. Ce faisant, il jeta un coup d’œil circulaire depuis le gouverneur jusqu’a Marie. Il était facile de voir qu’il était profondément ému. Regardant le gouverneur, il s’exprima de nouveau en paroles qui paraissaient se projeter physiquement hors de lui : C’est toi qui aurais dû être le premier à répondre à l’appel de cette chère petite. Tu as manqué à ton devoir, et maintenant tu viens de traiter de chiens de chrétiens ceux qui ont répondu à cet appel. Va donc voir la guérison du garçonnet dont le corps était tordu de douleur et déchiré d’angoisse un instant auparavant. Va voir la maison confortable qui s’est élevée à la place du taudis.

     

    Rappelle-toi que tes actes te rendent partiellement responsable d’avoir confiné ces braves gens dans la misère. Va voir l’affreux tas d’ordures et de chiffons d’où cette chère âme (il se tourna vers Émile) a enlevé le corps du garçonnet pour le placer si tendrement sur un lit propre et net. Regarde comme les ordures et les chiffons ont disparu après le transport du petit corps. Et pendant ce temps, toi, espèce de bigot licencieux, tu étais confortablement assis dans la pourpre réservée aux purs. Tu oses appeler chiens de chrétiens ceux qui ne t’ont fait aucun mal et n’ont nui à personne, tandis que tu te qualifies toi-même de disciple de Bouddha et de grand prêtre de temple.

     

    Honte ! Honte ! Honte ! Chaque mot paraissait frapper le gouverneur, la chaise, et les draperies qui l’entouraient, puis rebondir. En tout cas leur violence était telle que le gouverneur tremblait et que les draperies flottaient comme soufflées par un grand vent. Il n’était pas question d’interprète, le gouverneur n’en avait plus besoin. Bien que les mots fussent dits dans l’anglais le plus pur, il les comprenait parfaitement. Bouddha revint vers les deux hommes qui avaient reçu les pièces d’or et leur demanda de les lui remettre, ce qu’ils firent. Tenant les disques à plat dans une main, il revint vers le gouverneur et s’adressa directement à lui, disant : « Avance les mains. » Le gouverneur obtempéra avec peine tellement il tremblait.

     

    Bouddha posa un disque dans chacune de ses mains. Les disques disparurent immédiatement, et Bouddha dit : « Regarde, même l’or pur s’évadera de tes mains. » Les deux disques retombèrent alors simultanément sur la table devant les deux hommes qui les avaient donnés. Ensuite Bouddha allongea ses deux mains, les plaça sur les mains tendues du gouverneur, et dit d’une voix douce et calme : « Frère, n’aie pas peur. Je ne te juge pas, tu te juges toi-même. » Il resta ainsi jusqu’à ce que le gouverneur fût calmé, puis retira ses mains et dit : « Tu es bien pressé d’accourir avec des sabres pour ]redresser ce que tu crois être un tort. Mais rappelle-toi que quand tu juges et condamnes des hommes, tu te juges et te condamnes toi-même. »

     

    Il revint vers Jésus et dit : « Nous deux qui avons la connaissance, nous sommes unis pour le bien commun et l’amour fraternel de toute l’humanité. » Il reprit le bras de Jésus et dit encore : « Eh bien, frère, j’ai entièrement retiré cette affaire de tes mains, mais je te la remets maintenant. » Jésus dit : « Tu as agi noblement, et je ne saurais trop te remercier. » Ils s’inclinèrent tous deux puis, se prenant par le bras, ils se retirèrent à travers la porte fermée et disparurent. Aussitôt la salle retentit d’un tumulte de voix. Gouverneur, capitaine, soldats, et gardes se groupèrent autour de nous pour nous serrer la main. Tout le monde essayait de se faire comprendre en même temps. Le gouverneur adressa la parole à Émile qui leva la main pour réclamer le silence. Dès qu’il put se faire entendre, il annonça que le gouverneur désirait nous voir à nouveau tous assis à sa table. Nous reprîmes donc nos places. Une fois le calme revenu, nous vîmes que le capitaine avait groupé ses soldats à droite et à gauche de la table et derrière la chaise du gouverneur qui avait de nouveau été rapprochée. Le gouverneur se leva et, se servant d’Émile comme interprète, il dit : « Je me suis laissé déborder par mon zèle. J’en suis profondément confus et doublement désolé. Il est peut-être superflu de le dire après ce qui est arrivé, car je crois que vous pouvez voir à mon attitude que j’ai changé. Je demande à mon frère Bagget Irand de se lever et de bien vouloir accepter mes plus humbles excuses. Maintenant je prie toute la société de se lever. Quand ce fut fait, il dit : Je vous prie également tous d’accepter mes humbles excuses. Je vous souhaite à tous la bienvenue du fond du cœur. J’espère que vous resterez toujours auprès de nous si cela est conforme à votre désir. Dans le cas improbable où vous souhaiteriez une escorte militaire à un moment quelconque, je considérerais comme un grand honneur de pouvoir vous la fournir et je sais que le capitaine partage mes sentiments. Je ne puis rien ajouter que vous souhaiter bonne nuit. Toutefois, je voudrais vous dire avant votre départ que tout ce que je possède est à votre disposition. Je vous salue, les soldats vous saluent également et vous accompagneront à votre domicile. Encore une fois, je vous souhaite bonne nuit et salam au nom du grand Bouddha, l’Être Céleste. 

    Page 219 à 231, extrait du livre de Baird T. Spalding

    Remarque : Ces faits qui se sont produits semblent être un conte de fée pour adulte. Et si l'on regarde les deux photos de ce ciel au crépuscule : la splendeur s'y voit et plus encore. Ce jour là, tous les horizons étaient magiques : nous étions légèrement en hauteur et les horizons lointains et si proches en même temps.

    Ce qui me surprend dans ce passage c'est l'attitude du Gouverneur qui, après avoir assisté à un tel spectacle puisse encore prononcer un mot : il demande pardon à tous et se retire.

     

    Photo de ©Colinearcenciel sous licence no copyright international tout droit protégé

     

     

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